Il faut débarrasser le nouveau monde de sa présence morbide, de ses relents de fin de race, laisser la place aux nouveaux visages qui méritent la postérité dans ce nouveau monde décidé et créé par les nôtres, ceux la mêmes qui ont décidé de suicider les leurs, quels visages ont-ils ces empereurs frappés de modernité qui décident qui vit et qui meurt dans cette arène toute neuve créée de toute pièce, relayée par leurs médias, empruntant les codes archaïques et si vivaces de populations qu'ils ont été les seuls à mépriser, écraser, au cours des siècles précédents, dont les travers si loués actuellement ont été exactement ceux qui furent l'objet des enjeux d'une lutte séculaire, acharnée et salutaire contre eux mêmes au nom du bien, de l'évolution, du progrès, pour atteindre les cieux pacifiques et humanistes de l'Homme idéalisé, l'Homme bon, idéal touchant et utopiste de l'occidental. Arène sélectivement épurée des plus mauvais sentiments, ceux qui tapissent chaque cellule animale de tout être mais qui ressortent particulièrement chez les plus en prise avec la dure vie, la plus évidente, présents chez les siens, leurs frères de sang, insupportables souvenirs, qui ont-ils décidé d'épargner les nouveaux maîtres auréolés de la générosité made in 21è siècle ? Eux bien sûr, la petite bourgeoisie, la plus grande si elle a consenti à s'aligner, et quels avantages elle a à le faire !, la mondialisation lui appartient, les bénéfices, jouissance à l'abri des conséquences, elle consent sans réserve, les petits, les minables qui se laissent porter par le vent sans scrupules, sans culture, sans attache, leur emboîtent le pas, et le reste, le reste... il n'a qu'à s'adapter, même s'il ne le peut pas. Quel visage ? Celui de la duplicité, du confort qui se voit à la tendance graisseuse et paresseuse de leurs prosélytes, de la fausse décontraction qui se dégage de leurs expressions corporelles, de la démagogie de leurs sentiments, confondue avec la bienveillance et la générosité, nouvel eldorado de l'humanisme actuel ! Ils en sont conscients, ils réfléchissent longuement à la tournure que prendra leur discours mièvre, ils font des brain storming de plusieurs heures, sur plusieurs jours, rien que pour ça.
Ils sont naïfs. ils ne savent pas ou préfèrent ne pas savoir qu'il est inhumain de faire abstraction de la réaction des siens en contact immédiat avec les remugles d'idéalisation, ils n'ont pas leur hauteur pour échapper aux retombées, ils pensent que les leurs, tout petits, tout ramassés sur eux mêmes, sont aussi gâtés qu'eux dans leur tête, qu'ils ont leurs perspectives, qu'ils sont comme eux trop gâtés pour ce qu'ils sont. Ils font une ellipse sur leurs capacités réelles, ils ne savent pas qu'il existe encore des faibles- oh quel vilain mot quand il s'agit des siens ! - des faibles, qui ont leur culture en commun, de fierté, d'ambition, de progrès mais qui n'ont pas leur prétention et leurS privilègeS, ne le savent-ils pas ? Ils ne leur ont pas dit ! C'est de leur faute alors ! Et la pudeur ? Le sens de l'honneur ? Encore une valeur commune ! Ils ne le diront jamais. Eux, n'aiment pas mendier, pas comme...
Ils ne peuvent pas comme eux, en profiter comme d'un divertissement passager comme on regarde plus belle la vie, les utiliser pour se changer les idées en les écoutant et en les regardant niquer la mère d'untel et enculer machin, casser la monotonie, c'est vrai ça devient chiant la paix, la beauté, il faut un peu de violence et de laideur pour apprécier le calme et la sérénité de sa vie. Eux, les autres; les leurs, ils se les coltinent tout le temps.
Alors stop. Prenez un gigolo particulier parmi vos sources d'excitation momentanées, mais arrêtez le flux, un moment donné ça va vous péter au nez, et ça pue je peux vous le dire. Allez, vous avez bien rigolé stop maintenant.