Mes cheveux se hérissent en tignasse grossière tout autour de mon visage émacié; j'attends mes parents dans cette chambre d'hôpital qui sera ma dernière loge.
L'interne a l'air absent quand il s'affaire autour de mon lit. Je découvre le timbre apaisant de sa voix et ses gestes délicats en tournant la tête du côté de ma jolie voisine qu'il a à coeur de soulager.
Le médecin quant à lui est jovial et très chaleureux avec moi. Il a un regard très paternel. Il y a quelques décennies cet homme qui approche de la retraite était le clone de son disciple. Sourire narquois pour le plaintif, l'oeil sémillant pour l'agréable, rien ne le prédestinait à devenir un sage. Et pourtant...Il a changé avec les années : il a vieilli. La faiblesse le gagnant inéluctablement lui a fait se poser des questions sur les faibles qu'il ne méprise plus autant. Son dévouement pour moi n'est pas un hasard. Combien de jeunes filles laides le jeune prodige de la médecine a vu mourir d'un oeil morne? combien de belles a t-il essayé de sauver le coeur serré de les voir souffrir? a t-il des regrets, parfois? comment pourrait-il en avoir, ils sont faits comme ça, ils n'y peuvent rien...il est content aujourd'hui d'étrenner sa sympathie flambant neuf et de tourner la page de l'ambition flatteuse qui a fait son temps. Il est tombé sur un excellent coup, je vais mourir très bientôt dans toute la monstruosité de la déchéance. Avis aux âmes charitables.
Je contiens ma rancoeur. On va me la faire ravaler même au crépuscule de la vie. Je ne veux pas pardonner. Je ne veux pas qu'il se pardonne. Pourtant je dois absolument : la nature ne m'a pas dotée de quoi offrir alors que je ne chipote pas sur ce qu'on me donne gracieusement. Et oui on est généreux avec moi! une générosité pleine d'autoamnestie et de paternalisme mais quoi? qu'est ce que je veux de plus!
Mes parents arrivent, bouleversés évidemment. Mais dans leur émotion ils ne peuvent s'empêcher de remarquer l'indifférence de l'interne qui ne leur dit rien, éperdument occupé à promettre à la jeune demoiselle d'à côté de revenir très vite.
Ma mère restera longtemps silencieuse mais sa présence m'apaise. Mon père chasse la tension nerveuse en reluquant et en commentant l'équipement de la chambre. C'est tout simple en fait, la mort dans une chambre d'hôpital. On n'a pas à perdre ses bonnes habitudes.
Mon père a disparu dans le couloir pour suivre l'interne qu'il presse de questions au sujet de l'éclairage. Il ne reçoit pas beaucoup de réponses, qu'en sait-il, lui, de l'éclairage il étudie la médecine! il finit tout de même par lui faire décrocher un mot.
Ma mère et moi ne les entendons plus.
Mon père réapparaît. Il a repris des couleurs. Il a vécu le néant l'espace de quelques minutes à mes côtés. Il s'est senti invisible, il a respiré l'odeur cadavérique de l'indifférence alors que c'est un des moments de sa vie qui réclame le plus d'attention et d'accompagnement.
Il parle tout seul, s'invente une prédilection pour les châssis de mon lit. M'engueule. Je ne pouvais pas les prévenir plus tôt? pourquoi j'ai tellement attendu pour faire des examens?
Mais oui on sait papa que tu es du côté de l'interne, du côté de la vie, de la force fière et dédaigneuse, férue de plaisir et dégoutée du laid, du côté de ceux qui ne se laissent jamais aller et qui ne comprennent pas le malheur. T'inquiètes pas, tu es encore assez loin de la mort pour quitter maman et refonder une famille plus fraîche moins honteuse que tu pourras exhiber coquettement devant les aryens désinvoltes de ce monde. Puis quand toi-même tu seras atteint par la faiblesse, zou, tu retourneras habilement ta veste ce qui ne t'empêchera pas de jouir encore de beaux spectacles hi hi hi. Telle est notre destinée.
L'indifférence est pire pour une fille car elle est née pour être aimée.
Une femme sera indifférente pour une laide mais pas pour un laid.
Un homme sera indifférent pour une laide et éventuellement pour un laid.
On parle du calvaire des laids mais pas de celui des laides: normal une fille laide ça n'existe pas, c'est
un oxymore. Les laides n'ont pas de corps donc pas d'esprit, elles sont déjà mortes ou ne sont pas nées. Et si un jour on leur parle, ce sera comme à des enfants, des handicapés ou des vieux parce qu'il est difficile de leur trouver une identité.
La hierarchie homme/femme s'établit ainsi: femme belle>homme beau>homme moyen>femme moyenne>homme laid>>>>>femme laide.
L'intelligence change la donne pour les 5 premiers groupes mais pour le dernier tout est désespéré sur tous les plans.
jeudi 11 juin 2009
mercredi 29 avril 2009
Ce n'est jamais assez pire.
Quand on fait partie des faibles, on n'a pas intérêt à trop travailler pour améliorer sa situation. . Les frustrés qui sont légion dans ce groupe ne manqueront pas alors de planter leurs petites dents et leurs petits doigts crocheteux dans votre corps pour vous ramener là où ils considèrent que vous avez votre place. J'ai toujours été étonnée de voir ces gens s'étrangler de la gloire de certains et applaudir à celle d'autres. On dirait qu'ils respectent tacitement les règles non officielles d'une quelconque hiérarchie humaine et qu'ils ne tolèrent de bonheur que chez ceux contre qui ils ne peuvent rien.
Ce qui est sûr c'est qu'ils feront tout pour qu'un des leurs, qu'ils identifient comme tel, qu'ils ressentent comme tel, ne se hisse pas à un échelon supérieur que ce soit au niveau sentimental, professionnel, ou financier. Ils considèrent comme un dû qu'il n'évolue pas. Sa vie leur appartient, ils ont un droit de regard et même d'action sur elle.
Le voir travailler puis jouir de sa réussite est une provocation: c'est les exhorter à faire la même chose au lieu d'attendre une chance à laquelle personne ne croit. Plutôt que se plaindre et faire des coups bas pour faire tomber les autres. Ils ne veulent pas croire à l'idée que l'injustice peut être maitrisée par le courage et la volonté. Et quand ils le constatent chez un autre, cela les met face à leur médiocrité humaine. Le travail a en outre la particularité de révéler des qualités jusque là insoupçonnables chez celui qui s'impose cette discipline. Et les autres ne veulent pas qu'il les voit, qu'il les utilise et qu'il s'estime grâce à cela. Ils préfèrent le noyer de découragements et de bassesses plutôt que de chercher en eux les points forts qui pourraient les faire grandir; parce que ce sera toujours moins bien que chez le voisin; parce que ça demande des efforts, parce qu'ils méritent d'avoir tout sans rien faire, comme ceux qui naissent riches.
Etouffer toute velléité honorable chez celui qui nous ressemble pour faire taire toute éventualité de changement par l'effort et empêcher la mise en avant des qualités d'une personne, pour ne pas effilocher le groupe, pour rester unis dans la nullité et le néant qui ne font pas de distinction désavantageuse ou avantageuse, eux.
Les seules alliances fructueuses là dedans sont celles qui détruisent. Aggraver l'état d'un démuni en passe de s'en sortir leur semble le meilleur compromis pour bien s'entendre.
Moi, je devrais être loin de ce débat. Moi, on m'adore souvent. C'est motivant en effet d'aimer celle qui ne vous fera jamais d'ombre, qui malgré ses efforts acharnés, n'évoluera jamais.
C'est moi qu'on cite en exemple. On dit : "elle, regardez, elle travaille". Je devrais rougir de fierté. Je m'empourpre de honte. J'entends la pensée qui suit cette interpellation. Elle a une voix perfide et ricanneuse, elle dit: "la pauvre fille montre bien que les efforts ne servent à rien".
Je suis un véritable apaisement pour tout mon entourage de jaloux et de faux-...j'allais écrire un mot qui les ravit, un mot vulgaire comme ils aiment que j'en prononce parce que c'est si mignon et si humble, à mettre à l'aise n'importe quel frustré analphabète.
Ceux qui me voient, ceux qui le devinent, sont remplis de douleur à ce spectacle. C'est terrible de faire naître la souffrance chez quelqu'un qui pourrait vous aimer.
Et pour finir je me demande qui pourrait honnêtement se réjouir du bonheur d'autrui. A part ceux qui sont déjà heureux. Mais si ces derniers rencontraient des difficultés qui les empêchaient à jamais de se mirer dans le beau miroir réfléchissant d'un autre méritant, que se passerait-il? J'ai vraiment le sentiment que la loyauté et la bonté sont en grande partie des concours de circonstances.
Ce qui est sûr c'est qu'ils feront tout pour qu'un des leurs, qu'ils identifient comme tel, qu'ils ressentent comme tel, ne se hisse pas à un échelon supérieur que ce soit au niveau sentimental, professionnel, ou financier. Ils considèrent comme un dû qu'il n'évolue pas. Sa vie leur appartient, ils ont un droit de regard et même d'action sur elle.
Le voir travailler puis jouir de sa réussite est une provocation: c'est les exhorter à faire la même chose au lieu d'attendre une chance à laquelle personne ne croit. Plutôt que se plaindre et faire des coups bas pour faire tomber les autres. Ils ne veulent pas croire à l'idée que l'injustice peut être maitrisée par le courage et la volonté. Et quand ils le constatent chez un autre, cela les met face à leur médiocrité humaine. Le travail a en outre la particularité de révéler des qualités jusque là insoupçonnables chez celui qui s'impose cette discipline. Et les autres ne veulent pas qu'il les voit, qu'il les utilise et qu'il s'estime grâce à cela. Ils préfèrent le noyer de découragements et de bassesses plutôt que de chercher en eux les points forts qui pourraient les faire grandir; parce que ce sera toujours moins bien que chez le voisin; parce que ça demande des efforts, parce qu'ils méritent d'avoir tout sans rien faire, comme ceux qui naissent riches.
Etouffer toute velléité honorable chez celui qui nous ressemble pour faire taire toute éventualité de changement par l'effort et empêcher la mise en avant des qualités d'une personne, pour ne pas effilocher le groupe, pour rester unis dans la nullité et le néant qui ne font pas de distinction désavantageuse ou avantageuse, eux.
Les seules alliances fructueuses là dedans sont celles qui détruisent. Aggraver l'état d'un démuni en passe de s'en sortir leur semble le meilleur compromis pour bien s'entendre.
Moi, je devrais être loin de ce débat. Moi, on m'adore souvent. C'est motivant en effet d'aimer celle qui ne vous fera jamais d'ombre, qui malgré ses efforts acharnés, n'évoluera jamais.
C'est moi qu'on cite en exemple. On dit : "elle, regardez, elle travaille". Je devrais rougir de fierté. Je m'empourpre de honte. J'entends la pensée qui suit cette interpellation. Elle a une voix perfide et ricanneuse, elle dit: "la pauvre fille montre bien que les efforts ne servent à rien".
Je suis un véritable apaisement pour tout mon entourage de jaloux et de faux-...j'allais écrire un mot qui les ravit, un mot vulgaire comme ils aiment que j'en prononce parce que c'est si mignon et si humble, à mettre à l'aise n'importe quel frustré analphabète.
Ceux qui me voient, ceux qui le devinent, sont remplis de douleur à ce spectacle. C'est terrible de faire naître la souffrance chez quelqu'un qui pourrait vous aimer.
Et pour finir je me demande qui pourrait honnêtement se réjouir du bonheur d'autrui. A part ceux qui sont déjà heureux. Mais si ces derniers rencontraient des difficultés qui les empêchaient à jamais de se mirer dans le beau miroir réfléchissant d'un autre méritant, que se passerait-il? J'ai vraiment le sentiment que la loyauté et la bonté sont en grande partie des concours de circonstances.
samedi 4 avril 2009
Questions en vrac.
Si à l'âge de 18 ans toutes les femmes devenaient laides, les hommes seraient-ils pédophiles?
dans ce cas, serait-il légitime de légaliser la pédophilie? et la part d'homosexuels serait-elle plus importante?
Pourquoi certains hommes se donnent-ils la peine de prendre les femmes laides en pitié au lieu de les connaître, les aimer et d'en être heureux?
Dans quelle mesure le corps est important quand on est intelligent?
Quel est l'outil le plus spécifique à la sociabilité, l'intelligence ou la beauté? pour les deux sexes et dans les mêmes proportions?
Est-il logique de condamner le plaisir dès lors que les sentiments (nobles) ne sont pas suscités par ce qui déplaît?
Ne serait-il pas plus prudent et moins hypocrite de faire intervenir l'eugénisme dans la conception des filles dans un monde où l'existence de la femme est déterminée avant tout par son apparence physique?
A t-on vraiment le choix quand entre deux options l'une vous conduit à la mort sociale (ostracisme)?
L'accès à la féminité est-il seulement une question de volonté? la féminité pratique t-elle la même justice que la masculinité pour les hommes?
La féminité est-elle affaire d'attitudes et d'apprentissages esthétiques ou d'harmonie corporelle innée?
Si la beauté relève de critères objectifs, que la féminité relève en premier de la beauté, et si la femme doit être féminine pour intéresser un homme, que penser de la destinée amoureuse d'une femme laide? la féminité est-elle un carcan? est-il possible de faire sans dans une relation amoureuse?
Est-il possible d'étendre le champ de la féminité à des valeurs et des actions maîtrisables comme le courage, la bienveillance ou existe t-il une incompatibilité avec le caractère de séduction immédiat et fantasque dont doit se parer une femme? si le champ de la féminité s'ouvrait, à quel rang serait relégué le corps par rapport aux autres critères?
Peut-on féliciter quelqu'un sur son physique sans insinuer qu'être laid est blâmable?
Une femme laide mérite t-elle d'être appelée Madame/Mademoiselle?
Sont-ce les hommes qui obligent les femmes à être attirantes (menace d'ostracisme) ou le sont-elles par plaisir et ambition personnelle?
Une femme qui ne serait pas attirante, serait-elle encore une femme?
Les femmes aiment-elles les hommes pour eux-même ou pour leurs compliments?
Les hommes aiment-ils les femmes pour elles-mêmes ou pour le bénéfice narcissique et sexuel qu'ils tirent de leur physique?
La féminité sans esthétique obligatoire, c'est possible?
La féminité répond t-elle à une nature féminine ou à une attente des hommes?
La féminité est-elle un accomplissement de sa nature ou une passerelle vers l'homme?
Quel est l'équivalent chez l'homme de la beauté chez la femme?
Une relation peut-elle être égalitaire et garantit-elle la liberté de chacun quand l'un doit plaire à l'autre (d'une façon qui ne dépend pas de ses efforts ou de sa bienveillance) pour exister à ses yeux?
Vaut-il mieux l'indifférence éternelle ou essayer d'intéresser en se travestissant?
A quoi cela sert-il d'exister sans intéresser?
Peut-on intéresser sans plaire?
Une femme doit-elle accepter de devoir être belle pour mériter d'être connue puis aimée?
Un homme peut-il faire autrement que d'aimer la femme d'abord pour sa beauté?
Est-ce humainement supportable de vivre dans l'indifférence?
Est-on une femme quand on ne plaît pas aux hommes?
Y a t-il une limite entre être méprisée à cause de sa laideur et être considérée pour sa beauté?
Les hommes souhaitent-ils à leur fille d'être regardée par les garçons comme eux regardent les femmes?
Quand une fille est rejetée pour sa laideur, son père a-t-il honte du comportements des hommes ou de sa fille?
Est-il plus difficile d'être un homme ou une femme?
Pour ma part je dirais qu'être une femme est ingrat. Vie sexuelle et sociale autorisée ou invalidée en un clignement d'yeux masculin, et difficile de ne pas impliquer l'homme dans son cheminement de femme. Lui a un large éventail d'outils à sa disposition : parler, faire, projeter, jouer, travailler, payer...mais c'est sa capacité à convaincre l'autre de sa valeur qui l'emporte; le compliment est la clé du succès, elle n'ouvrira pas toutes les portes mais en ouvrira quelques unes c'est certain. Je n'ai jamais vu une femme se servir d'une telle clé; elle est l'éternelle candidate d'un casting : pour choisir un rôle, il lui faut d'abord passer une épreuve de qualification draconienne sur laquelle elle n'a que peu d'emprise (corps). A cause de son action restreinte, le refus est bien souvent son unique pouvoir. Encore faut-il qu'un objet de refus se présente.
La femme joue son existence, l'homme son orgueil à cause de cette disparité de choix.
Reste à savoir si la femme moderne ne subira pas des changements de "perception" dus à ses nouveaux statuts et si elle ne les transmettra pas à sa descendance sous forme de nouveaux désirs comme par exemple un intérêt accru pour la plastique de l'homme plutôt que pour son aspect sécurisant et protecteur. De ce fait, la femme se forgera un jugement au même titre que l'homme qui deviendra sensible (soumis) à ce regard et forcé de s'y conditionner pour avoir une chance d'exister à ses yeux.
dans ce cas, serait-il légitime de légaliser la pédophilie? et la part d'homosexuels serait-elle plus importante?
Pourquoi certains hommes se donnent-ils la peine de prendre les femmes laides en pitié au lieu de les connaître, les aimer et d'en être heureux?
Dans quelle mesure le corps est important quand on est intelligent?
Quel est l'outil le plus spécifique à la sociabilité, l'intelligence ou la beauté? pour les deux sexes et dans les mêmes proportions?
Est-il logique de condamner le plaisir dès lors que les sentiments (nobles) ne sont pas suscités par ce qui déplaît?
Ne serait-il pas plus prudent et moins hypocrite de faire intervenir l'eugénisme dans la conception des filles dans un monde où l'existence de la femme est déterminée avant tout par son apparence physique?
A t-on vraiment le choix quand entre deux options l'une vous conduit à la mort sociale (ostracisme)?
L'accès à la féminité est-il seulement une question de volonté? la féminité pratique t-elle la même justice que la masculinité pour les hommes?
La féminité est-elle affaire d'attitudes et d'apprentissages esthétiques ou d'harmonie corporelle innée?
Si la beauté relève de critères objectifs, que la féminité relève en premier de la beauté, et si la femme doit être féminine pour intéresser un homme, que penser de la destinée amoureuse d'une femme laide? la féminité est-elle un carcan? est-il possible de faire sans dans une relation amoureuse?
Est-il possible d'étendre le champ de la féminité à des valeurs et des actions maîtrisables comme le courage, la bienveillance ou existe t-il une incompatibilité avec le caractère de séduction immédiat et fantasque dont doit se parer une femme? si le champ de la féminité s'ouvrait, à quel rang serait relégué le corps par rapport aux autres critères?
Peut-on féliciter quelqu'un sur son physique sans insinuer qu'être laid est blâmable?
Une femme laide mérite t-elle d'être appelée Madame/Mademoiselle?
Sont-ce les hommes qui obligent les femmes à être attirantes (menace d'ostracisme) ou le sont-elles par plaisir et ambition personnelle?
Une femme qui ne serait pas attirante, serait-elle encore une femme?
Les femmes aiment-elles les hommes pour eux-même ou pour leurs compliments?
Les hommes aiment-ils les femmes pour elles-mêmes ou pour le bénéfice narcissique et sexuel qu'ils tirent de leur physique?
La féminité sans esthétique obligatoire, c'est possible?
La féminité répond t-elle à une nature féminine ou à une attente des hommes?
La féminité est-elle un accomplissement de sa nature ou une passerelle vers l'homme?
Quel est l'équivalent chez l'homme de la beauté chez la femme?
Une relation peut-elle être égalitaire et garantit-elle la liberté de chacun quand l'un doit plaire à l'autre (d'une façon qui ne dépend pas de ses efforts ou de sa bienveillance) pour exister à ses yeux?
Vaut-il mieux l'indifférence éternelle ou essayer d'intéresser en se travestissant?
A quoi cela sert-il d'exister sans intéresser?
Peut-on intéresser sans plaire?
Une femme doit-elle accepter de devoir être belle pour mériter d'être connue puis aimée?
Un homme peut-il faire autrement que d'aimer la femme d'abord pour sa beauté?
Est-ce humainement supportable de vivre dans l'indifférence?
Est-on une femme quand on ne plaît pas aux hommes?
Y a t-il une limite entre être méprisée à cause de sa laideur et être considérée pour sa beauté?
Les hommes souhaitent-ils à leur fille d'être regardée par les garçons comme eux regardent les femmes?
Quand une fille est rejetée pour sa laideur, son père a-t-il honte du comportements des hommes ou de sa fille?
Est-il plus difficile d'être un homme ou une femme?
Pour ma part je dirais qu'être une femme est ingrat. Vie sexuelle et sociale autorisée ou invalidée en un clignement d'yeux masculin, et difficile de ne pas impliquer l'homme dans son cheminement de femme. Lui a un large éventail d'outils à sa disposition : parler, faire, projeter, jouer, travailler, payer...mais c'est sa capacité à convaincre l'autre de sa valeur qui l'emporte; le compliment est la clé du succès, elle n'ouvrira pas toutes les portes mais en ouvrira quelques unes c'est certain. Je n'ai jamais vu une femme se servir d'une telle clé; elle est l'éternelle candidate d'un casting : pour choisir un rôle, il lui faut d'abord passer une épreuve de qualification draconienne sur laquelle elle n'a que peu d'emprise (corps). A cause de son action restreinte, le refus est bien souvent son unique pouvoir. Encore faut-il qu'un objet de refus se présente.
La femme joue son existence, l'homme son orgueil à cause de cette disparité de choix.
Reste à savoir si la femme moderne ne subira pas des changements de "perception" dus à ses nouveaux statuts et si elle ne les transmettra pas à sa descendance sous forme de nouveaux désirs comme par exemple un intérêt accru pour la plastique de l'homme plutôt que pour son aspect sécurisant et protecteur. De ce fait, la femme se forgera un jugement au même titre que l'homme qui deviendra sensible (soumis) à ce regard et forcé de s'y conditionner pour avoir une chance d'exister à ses yeux.
lundi 9 mars 2009
Compte rendu.
J'ai fini par la passer cette simulation d'entretien. J'y ai échappé la semaine dernière en prétextant une erreur dans le planning établi par mon conseiller, ce qui m'a d'ailleurs valu un harcèlement téléphonique de tout un après-midi, mais il m'a rattrapée ce matin.
(Mines affolées, épaules remuantes)"Ne le prenez surtout pas personnellement, c'est pour vous aidez qu'on dit cela, surtout écoutez bien -Oui, on se permet parce que c'est dans votre intérêt...-ce n'est pas contre vous (gestes nerveux de la main qui se veulent apaisants) mais il y a des choses...- c'était pas bon, ce serait non pour aujourd'hui. (Silence). -D'abord on n'arrive pas en retard à un entretien d'embauche (20 minutes de musique supplémentaires pour me détendre) et on n'y arrive pas au saut du lit. Vous êtes à la recherche d'un emploi, nous le savons, et vous avez peut-être des difficultés financières (j'ai un sursaut de culpabilité chaque fois qu'ils abordent ce sujet), nous comprenons mais il y a des choses simples qui ne se négligent pas...(sa collègue, d'une voix soudain pleine d'allégresse)-un trait d'eyeliner sous vos yeux! vous avez de beaux yeux, mettez-les en valeur. Et ça illuminerait votre visage! (j'ai grimacé sur le moment parce que j'ai entendu : et ça éliminerait votre visage!).-Vous avez quel âge? 22 ans c'est ça? vous ne faîtes pas 22 ans. (cette parole n'a rien de vexant, elle est tout simplement inquiétante)Vous ne faîtes pas jeune fille. Attachez-vous les cheveux (elle se lance dans une série de mouvements évoquant la coiffure), une jeune fille c'est gai...(elles se relaient pour me décrire l'état d'esprit que doit avoir une jeune fille et semblent se détendre au fur et à mesure qu'elles parlent) -vous avez les épaules trop chargées (le ton devient grave) : et ça se voit.-Vous avez peut-être des soucis avec vos parents à cause de votre parcours scolaire mais sachez qu'avoir un toit ce n'est pas rien...vous avez 22 ans ne faites pas comme si rien ne pouvait plus vous arriver (bien joué) une jeune fille a la vie devant elle, soyez plus légère, enjouée...Puis vous savez, les responsables, ça ne vole pas bien haut, il suffit de les entendre...-ah oui? (moue confirmatrice, regard fuyant qui s'inquiète et se moque de ma naïveté). -Dites-moi que vous allez nous rappeler quand vous serez réinscrite à l'université. Combien d'UE vous reste-t-il à passer pour arriver au...-quatre je crois (menteuse)-et bien passez-les, ça vous sera utile pour évoluer. Mais quoi qu'il en soit détendez-vous et ne venez plus au saut du lit..- justement, je me demandais avant de venir si je devais jouer le jeu complètement c'est à dire m'habiller comme pour un véritable entretien et...(épilepsie corporelle) : -ne venez JAMAIS comme ça où que vous alliez, jamais, jamais...-je ne suis quand même pas comme au saut du lit! (Court silence éberlué). [L'une des deux s'enfonce depuis tout à l'heure dans le mutisme et la prostration. Ses yeux comme des soucoupes semblent s'ouvrir sur un flou infini. Un bourdonnement se fait entendre; la jeune éberluée reprend vie et s'échappe de bonne grâce pour répondre à l'appel.]
En sortant du bureau :
-téléconseillère, ça ne vous intéresse pas? tenez, il y a justement une information collective qui commence à dix heures. Restez et vous verrez.
-Euh non...je me renseignerai sur internet.
-Il y a le patron, là. Allez-y!
-Vous voyez, ça, ça ne m'intéresse pas..trop stressant.
-Ah! vous avez votre petite idée tout de même...
[Elle s'enfuie à son tour, peut-être asphyxiée par ma gêne ou inquiète de n'avoir pas compris la réaction de sa collègue qui lui susurre crescendo le danger d'anormalité. Personne ne me voit partir, sauf une employée qui sort justement de sa tanière et qui entre dans un trouble étrange en échouant d'un seul bloc sur mes jambes tordues ma gueule excroissante et mes doigts inextricablement emmêlés.]
(Mines affolées, épaules remuantes)"Ne le prenez surtout pas personnellement, c'est pour vous aidez qu'on dit cela, surtout écoutez bien -Oui, on se permet parce que c'est dans votre intérêt...-ce n'est pas contre vous (gestes nerveux de la main qui se veulent apaisants) mais il y a des choses...- c'était pas bon, ce serait non pour aujourd'hui. (Silence). -D'abord on n'arrive pas en retard à un entretien d'embauche (20 minutes de musique supplémentaires pour me détendre) et on n'y arrive pas au saut du lit. Vous êtes à la recherche d'un emploi, nous le savons, et vous avez peut-être des difficultés financières (j'ai un sursaut de culpabilité chaque fois qu'ils abordent ce sujet), nous comprenons mais il y a des choses simples qui ne se négligent pas...(sa collègue, d'une voix soudain pleine d'allégresse)-un trait d'eyeliner sous vos yeux! vous avez de beaux yeux, mettez-les en valeur. Et ça illuminerait votre visage! (j'ai grimacé sur le moment parce que j'ai entendu : et ça éliminerait votre visage!).-Vous avez quel âge? 22 ans c'est ça? vous ne faîtes pas 22 ans. (cette parole n'a rien de vexant, elle est tout simplement inquiétante)Vous ne faîtes pas jeune fille. Attachez-vous les cheveux (elle se lance dans une série de mouvements évoquant la coiffure), une jeune fille c'est gai...(elles se relaient pour me décrire l'état d'esprit que doit avoir une jeune fille et semblent se détendre au fur et à mesure qu'elles parlent) -vous avez les épaules trop chargées (le ton devient grave) : et ça se voit.-Vous avez peut-être des soucis avec vos parents à cause de votre parcours scolaire mais sachez qu'avoir un toit ce n'est pas rien...vous avez 22 ans ne faites pas comme si rien ne pouvait plus vous arriver (bien joué) une jeune fille a la vie devant elle, soyez plus légère, enjouée...Puis vous savez, les responsables, ça ne vole pas bien haut, il suffit de les entendre...-ah oui? (moue confirmatrice, regard fuyant qui s'inquiète et se moque de ma naïveté). -Dites-moi que vous allez nous rappeler quand vous serez réinscrite à l'université. Combien d'UE vous reste-t-il à passer pour arriver au...-quatre je crois (menteuse)-et bien passez-les, ça vous sera utile pour évoluer. Mais quoi qu'il en soit détendez-vous et ne venez plus au saut du lit..- justement, je me demandais avant de venir si je devais jouer le jeu complètement c'est à dire m'habiller comme pour un véritable entretien et...(épilepsie corporelle) : -ne venez JAMAIS comme ça où que vous alliez, jamais, jamais...-je ne suis quand même pas comme au saut du lit! (Court silence éberlué). [L'une des deux s'enfonce depuis tout à l'heure dans le mutisme et la prostration. Ses yeux comme des soucoupes semblent s'ouvrir sur un flou infini. Un bourdonnement se fait entendre; la jeune éberluée reprend vie et s'échappe de bonne grâce pour répondre à l'appel.]
En sortant du bureau :
-téléconseillère, ça ne vous intéresse pas? tenez, il y a justement une information collective qui commence à dix heures. Restez et vous verrez.
-Euh non...je me renseignerai sur internet.
-Il y a le patron, là. Allez-y!
-Vous voyez, ça, ça ne m'intéresse pas..trop stressant.
-Ah! vous avez votre petite idée tout de même...
[Elle s'enfuie à son tour, peut-être asphyxiée par ma gêne ou inquiète de n'avoir pas compris la réaction de sa collègue qui lui susurre crescendo le danger d'anormalité. Personne ne me voit partir, sauf une employée qui sort justement de sa tanière et qui entre dans un trouble étrange en échouant d'un seul bloc sur mes jambes tordues ma gueule excroissante et mes doigts inextricablement emmêlés.]
mardi 3 mars 2009
Les précieuses magnifiques...........et moi?
J'aimerais moi aussi que mon blog soit parcouru de traînées blanches irisant un fond noir comme l'infini et gris comme l'incertitude. J'aimerais voir mes écrits déborder sur tous les angles et qu'ils rampent jusque dans les marges comme un courant subversif incontrôlable. Je voudrais avoir le bon goût de choisir des illustrations qui glacent le sang et refroidissent les os...je voudrais surtout que mes phrases ne s'essoufflent pas après trois mots et que mon esprit soit un théâtre tragique où s'animent tous en même temps des personnages que je ne connais pas.
Ce serait si bon de refuser l'aide qu'on m'offre et que mes sauveurs ne finissent jamais de me retenter...parmi ces pauvres loques que sont les anorexiques il y en a de bien stupides qui voient dans ce symbole de l'angoisse l'occasion de se remplir d'idées profondes...puis il y a celles, magnifiques, qui semblent avoir été attendues par le démon, les privant d'un bonheur qu'elles semblent les premières à mériter.
Quel drôle de contraste entre cette générosité qu'elles dispendent et ce sort particulier qu'elles se réservent. Je suis toujours piquée de bénéficier de l'attention d'une personne qui se la refuse...je ne veux pas être un reflet de son psychisme, je ne veux pas être le substitut de quoi que ce soit. Alors je réagis agressivement, très agressivement.
On ne peut pas aimer une telle personne. Devant cette immense rareté, on n'est qu'un coureur contemplatif. On est fascinés par les dédales psychologiques et philosophiques qu'elle crée autour de soi et que l'on n'a jamais fini de visiter, même en hâtant la pas. On ne peut pas aimer une telle personne...
Finalement le sentiment est une condescendance. Il atteint celui dont on perçoit les défauts. Comment fixer son regard sur quelque chose d'éblouissant? c'est magique mais trop douloureux à supporter. Alors comment l'aimer?
Et comment ne pas abandonner ses prétentions...comment continuer sa vie en sachant que même sa mort ne ferait pas un quart d'ombre à de ce type de créature? que même ses proches les plus proches ne pourraient résister à l'apparition de cette chose dans ce moment dramatique?
N'essayez même pas d'effleurer mon âme avec le plus pudique de vos sentiments. Ce serait une injure dont je ne pourrais pas me remettre.
Ce serait si bon de refuser l'aide qu'on m'offre et que mes sauveurs ne finissent jamais de me retenter...parmi ces pauvres loques que sont les anorexiques il y en a de bien stupides qui voient dans ce symbole de l'angoisse l'occasion de se remplir d'idées profondes...puis il y a celles, magnifiques, qui semblent avoir été attendues par le démon, les privant d'un bonheur qu'elles semblent les premières à mériter.
Quel drôle de contraste entre cette générosité qu'elles dispendent et ce sort particulier qu'elles se réservent. Je suis toujours piquée de bénéficier de l'attention d'une personne qui se la refuse...je ne veux pas être un reflet de son psychisme, je ne veux pas être le substitut de quoi que ce soit. Alors je réagis agressivement, très agressivement.
On ne peut pas aimer une telle personne. Devant cette immense rareté, on n'est qu'un coureur contemplatif. On est fascinés par les dédales psychologiques et philosophiques qu'elle crée autour de soi et que l'on n'a jamais fini de visiter, même en hâtant la pas. On ne peut pas aimer une telle personne...
Finalement le sentiment est une condescendance. Il atteint celui dont on perçoit les défauts. Comment fixer son regard sur quelque chose d'éblouissant? c'est magique mais trop douloureux à supporter. Alors comment l'aimer?
Et comment ne pas abandonner ses prétentions...comment continuer sa vie en sachant que même sa mort ne ferait pas un quart d'ombre à de ce type de créature? que même ses proches les plus proches ne pourraient résister à l'apparition de cette chose dans ce moment dramatique?
N'essayez même pas d'effleurer mon âme avec le plus pudique de vos sentiments. Ce serait une injure dont je ne pourrais pas me remettre.
lundi 2 mars 2009
La famille.
Leur mépris est tellement évident, tellement indiscutable qu'il ne se voit plus. Il est si bien ancré dans leur esprit qu'il ne se lit plus sur leur visage.
Le mépris apparaît brutalement envers quelqu'un comme moi parce que je suis un bloc de tares. Avec le temps le mépris mûrit, se fait beaucoup plus discret, on l 'en oublierait presque. En fait il est beaucoup plus cruel à cause du caractère continu et réfléchi qu'il a pris : il n'est plus un sentiment incontrôlable, il est un jugement, une véritable révocation qui se pare de nombreuses certitudes.
Il ressurgit sous sa forme violente et bestiale quand il s'allie à la peur ou à la colère; par exemple, ces vieux amis qui partagent mon temps semblent tout à coup possédés; d'où viennent ce teint écarlate, ces yeux furieux, cette voix menaçante? ils sont méconnaissables...impossible d'imaginer une seconde avoir eu une relation saine et égalitaire avec eux et pourtant c'est bien les mêmes qui m'entourent de leurs soins quotidiennement.
Le mépris apparaît brutalement envers quelqu'un comme moi parce que je suis un bloc de tares. Avec le temps le mépris mûrit, se fait beaucoup plus discret, on l 'en oublierait presque. En fait il est beaucoup plus cruel à cause du caractère continu et réfléchi qu'il a pris : il n'est plus un sentiment incontrôlable, il est un jugement, une véritable révocation qui se pare de nombreuses certitudes.
Il ressurgit sous sa forme violente et bestiale quand il s'allie à la peur ou à la colère; par exemple, ces vieux amis qui partagent mon temps semblent tout à coup possédés; d'où viennent ce teint écarlate, ces yeux furieux, cette voix menaçante? ils sont méconnaissables...impossible d'imaginer une seconde avoir eu une relation saine et égalitaire avec eux et pourtant c'est bien les mêmes qui m'entourent de leurs soins quotidiennement.
samedi 28 février 2009
Réconciliation.
J'ai passé un très bon après-midi. Le premier mot qui me vient à l'esprit pour le résumer est "harmonie".
C'est le niveau d'intimité que je souhaiterais atteindre dans toutes mes relations sociales, mais c'est peut-être un privilège exclusivement réservé à la famille.
Petite inquiétude malgré tout. On me coupe dans mon élan chaque fois que j'essaie d'intervenir dans une discussion sérieuse dont je suis pourtant l'instigatrice. C'est moi qui ouvre le débat en relatant des faits cinématographiques, littéraires, télévisuels ou autre. Mais mon opinion n'intéresse pas. J'ai peur d'être cantonnée au rôle de jukebox à actualités. Rien d'original ne peut provenir d'une telle personne; on l'aime parce qu'elle permet de se sentir vivant, vrai et sensible, elle est pratique car son savoir déshumanisé et mécanique ne mérite aucune reconnaissance et ne menace pas l'équilibre fragile d'êtres qui doutent d'eux-mêmes. Si c'est le cas tu parles d'une entente...
"Appelles-moi quand tu es arrivée, hein...oui mais surtout, appelles-moi, n'oublie pas""appelles, appelles"
On y tient à son douillet fétiche, hein.
J'ai bien conscience que ma paranoïa m'interdit d'être aimée. Mais la méfiance est tout ce que j'ai pour savoir si ce qu'on m'offre a de la valeur. J'ai peur de gâcher mon temps et mes sentiments pour des gens qui ne me respectent même pas. Parce que quand j'aime, je deviens complètement malléable.
C'est le niveau d'intimité que je souhaiterais atteindre dans toutes mes relations sociales, mais c'est peut-être un privilège exclusivement réservé à la famille.
Petite inquiétude malgré tout. On me coupe dans mon élan chaque fois que j'essaie d'intervenir dans une discussion sérieuse dont je suis pourtant l'instigatrice. C'est moi qui ouvre le débat en relatant des faits cinématographiques, littéraires, télévisuels ou autre. Mais mon opinion n'intéresse pas. J'ai peur d'être cantonnée au rôle de jukebox à actualités. Rien d'original ne peut provenir d'une telle personne; on l'aime parce qu'elle permet de se sentir vivant, vrai et sensible, elle est pratique car son savoir déshumanisé et mécanique ne mérite aucune reconnaissance et ne menace pas l'équilibre fragile d'êtres qui doutent d'eux-mêmes. Si c'est le cas tu parles d'une entente...
"Appelles-moi quand tu es arrivée, hein...oui mais surtout, appelles-moi, n'oublie pas""appelles, appelles"
On y tient à son douillet fétiche, hein.
J'ai bien conscience que ma paranoïa m'interdit d'être aimée. Mais la méfiance est tout ce que j'ai pour savoir si ce qu'on m'offre a de la valeur. J'ai peur de gâcher mon temps et mes sentiments pour des gens qui ne me respectent même pas. Parce que quand j'aime, je deviens complètement malléable.
mardi 24 février 2009
Faire la part des choses : illusion, espoir et réalité.
Petite, j'étonnais mes parents par ma tendance à dépasser ma soeur aînée. Scolairement et créativement. Toutes ses réussites devenaient des échecs comparativement à ce que je faisais. De cette époque, je garde le souvenir de son regard blessé, de sa moue haineuse, de sa répugnance à me parler et de la terreur qui la frappait chaque fois que j'ouvrais la bouche. En cadette inconsciente de sa force je ne la ménageais pas; elle supportait ma brutalité et mes caprices sans riposter, par crainte de me faire mal. Mon immunité auprès des parents était un peu supérieure à la sienne mais cela tenait à mon statut de dernière née.
Dehors, on ne m'aimait guère. Pire, les autres n'aimaient qu'elle. Son âge jouait contre moi, car c'est bien connu, les enfants préfèrent s'entourer d'amis plus vieux qu'eux. Et elle en profitait. Si à l'intérieur j'étais dans mon élément, elle trouvait à l'extérieur une multitude de sujets tout prêts à se plier à ses ordres qui étaient, paradoxalement au climat d'indifférence dont j'écopais, tous dirigés contre moi. On avait pour obligation de m'ignorer. Mais il fallait s'amuser dans le même périmètre que moi. S'éloigner à chaque pas que je faisais dans la direction du groupe. Puis s'arrêter quand la distance était rétablie. Recommencer. Encore. Et encore. Tout cela dans la bonne humeur et l'excitation de la victoire, qui se manifestait sur le visage de ma soeur par la violence de son regard tourné vers moi avec une expression provocante de triomphe.
La fin de l'adolescence m'a trouvée fière, remplie d'une étrange assurance que je cherchais sans cesse à convertir en toute puissance. D'un abord calme et serein, en réalité bouillait en moi le désir d'embraser les regards et de faire échouer les autres dans leur ambition d'être reconnus.
Je voulais faire en sorte que ma présence les décourage, les fasse se heurter à leur propre insuffisance. Peu importe qui ils étaient ils en valaient sûrement moins la peine que moi.
Il faut dire qu'à cette période tout commençait à se normaliser dans ma vie sociale grâce à des efforts vestimentaires et à l'effet de la honte. Je cédais à la nécessité de n'être pas considérée comme une déclassée, une inadaptée, une chose étrange dont personne ne veut. J'avais toujours cette réputation de bonne élève et je commençais sérieusement à penser que j'avais hérité de ce don d'intelligence qu'on me prêtait sans me connaître. C'était devenu l'alibi de mon retard dans la vie sociale; ma subtilité intellectuelle m'avait éloignée des autres.
Tout m'échappait dans les conversations de mes pairs alors je décrétais qu'elles étaient sans importance. C'est logique en effet : quand vous portez le sceau de l'intelligence et que quelque chose vous paraît bizarre c'est forcément un ramassis d'inutilités. Par correction - et par peur d'être tabassée - je taisais mes pensées mais je trépignais d'impatience; quand allaient enfin commencer les choses sérieuses pour lesquelles j'étais faite?. Je feignais d'être amusée parfois, espérant contribuer même de façon infime aux échanges. Jamais on ne m'a laissée l'occasion d'ouvrir la bouche, comme si la parole devait se prendre par la force. Honnêtement si j'avais été assurée de mon succès, je l'aurais fait. Un doute me retenait toujours.
Quand je me trouvais au milieu de gens dont la bienveillance n'était pas à remettre en cause, mes espoirs étaient exaucés. Il s'agissait bien souvent d'amis de ma soeur. Plus âgés que moi donc. C'était une aubaine parce qu'ils me regardaient comme un être innocent, qui ne connaît pas le calcul et qu'on a le devoir de protéger. Je reproduisais ce qui m'a toujours réussi dans ma prime enfance; je faisais ressurgir la distorsion entre ma soeur et moi. Dans la confusion des éclats de rire et des blagues, je poussais sous les yeux des autres, petit bout par petit bout, les gouffres et les lacunes de ma soeur et je faisais suivre chaque morceau par une brillante démonstration de ce dont moi j'étais capable. Comme je n'étais jamais sûre de ma réussite, le jeu était interminable.
Bientôt, je méprisais sincèrement ma soeur. Elle était nulle en tout, ne s'intéressait à rien, n'avait plus aucun pouvoir et pourtant elle ne se départissait jamais de sa joie de vivre. C'est tout de même un comble pour un individu raté de se donner le droit au bonheur. Se rendait-elle compte de son inutilité, de sa vulgarité, de sa vanité? son existence même était une grossierté, son sourire surtout était insupportable car il semblait se réjouir de son ignorance et fournir la preuve de son avidité pour le plaisir et les choses faciles.
Elle me répugnait mais je ne pouvais pas me passer d'elle. Comment se faire accepter par un groupe sans alibi, sans bouclier, sans marche pied, sans sa dose d'assurance et son réservoir de haine contre la frustration, sans son tampon contre la peur du rejet et j'en passe encore? Est-ce que cela existe une relation sans catalyseur, humain, animalier, conceptuel...? non, evidemment non à moins d'être parfait, sans peur, sans reproche, et la perfection n'existe que dans l'absence de concurrence autant dire dans la solitude la plus totale.
Mes parents, que je résumerais par "ma mère", se rengorgeaient en silence de mes bons résultats mais voyaient d'un mauvais oeil mon ouverture aux autres. Je m'effeminais donc je me futilisais. J'étais bien d'accord mais comment faire concorder ces deux mondes, l'intérieur et l'extérieur, qui m'envoyaient des messages contradictoires? quand je plaisais à l'un, l'autre me tombait dessus. Pour conclure, je n'ai jamais réussi à satisfaire ni les uns ni les autres et cela ne tient pas uniquement à leurs désirs; je ne me satisfais pas moi-même, mais c'est une autre histoire.
L'adolescence est finie. Il est temps de quitter le foyer parentale et de faire ses propres choix. Plus que jamais je me sens en marge des autres mais cette fois ma différence se révèle être une infirmité. L'école est devenue un ennemi - un traître-, le travail que je méprisais jusque là me dédaigne alors que je lui cours désespérément après, et je ne connais toujours pas le langage de l'amitié, de la famille, de l'amour s'il existe, et du quotidien tout simplement. Pour se faire une idée de mon désarroi, il faut mettre en parallèle le destin que je me prédisais, avec toutes ces espérances de gloire, de bouleversements, de pures rêveries sentimentales et ma situation actuelle qui se noircit jour après jour pour me montrer où cela mène de négliger le réel. Je n'ai même pas savouré toutes ces années de coma; je m'infligeais des angoisses et des problèmes imaginaires pour soulager ma conscience de gamine chanceuse et oisive. Mais dans ce n'importe quoi qu'est ma vie depuis quelques années, j'avais ma soeur. Sur elle je pouvais compter en tant que passerelle vers le monde extérieur, en tant que remède contre l'ennui, en tant que parole consolatrice, en tant que faire valoir involontaire...
En congédiant toutes mes ambitions fantastiques, j'ai voulu rencontrer la vérité. De moi-même, j'ai précipité ma chute, je l'ai aggravée pour ne rien m'épargner, peut-être pour me donner l'illusion réconfortante de maîtriser encore quelque chose.
Je suis donc une idiote. Surestimée, valorisée par tous les expédients possibles, j'ai berné beaucoup de monde.
Laide de surcroît.
L'enjeu pour mes parents était le suivant : "l'une est jolie, l'autre pas, il faut faire en sorte que la deuxième ne soit pas complètement désavantagée". Un silence inquiétant accompagna mon évolution, en particulier s'agissant de mon père. Ma soeur en a entendu de pas très agréables; on partait du principe qu'elle aurait dans sa vie future tout le loisir de renflouer son estime.
Congédier ses fantasmes c'est libérer ceux qui y étaient soumis, ceux qui y croyaient et qui se rapetissaient devant la perspective de leur réalisation. J'ai déserré le collier de ma soeur en arrachant mes habits merveilleux.
Aujourd'hui, ses coups de fil mettent du sel dans mes plaies. Sa voix est délibérément enjouée, parfaitement mesquine pour qui sait ce que je vis. Ma dégringolade lui a fait réviser le passé et nous voilà revenues à la belle époque de notre petite enfance quand elle menait la barque. Papa, maman, serez-vous là pour rééquilibrer la balance? cette interrogation est un échec de plus quand on a 22 ans et qu'on a intérêt d'être plus intelligente que sa connasse de soeur.
Dehors, on ne m'aimait guère. Pire, les autres n'aimaient qu'elle. Son âge jouait contre moi, car c'est bien connu, les enfants préfèrent s'entourer d'amis plus vieux qu'eux. Et elle en profitait. Si à l'intérieur j'étais dans mon élément, elle trouvait à l'extérieur une multitude de sujets tout prêts à se plier à ses ordres qui étaient, paradoxalement au climat d'indifférence dont j'écopais, tous dirigés contre moi. On avait pour obligation de m'ignorer. Mais il fallait s'amuser dans le même périmètre que moi. S'éloigner à chaque pas que je faisais dans la direction du groupe. Puis s'arrêter quand la distance était rétablie. Recommencer. Encore. Et encore. Tout cela dans la bonne humeur et l'excitation de la victoire, qui se manifestait sur le visage de ma soeur par la violence de son regard tourné vers moi avec une expression provocante de triomphe.
La fin de l'adolescence m'a trouvée fière, remplie d'une étrange assurance que je cherchais sans cesse à convertir en toute puissance. D'un abord calme et serein, en réalité bouillait en moi le désir d'embraser les regards et de faire échouer les autres dans leur ambition d'être reconnus.
Je voulais faire en sorte que ma présence les décourage, les fasse se heurter à leur propre insuffisance. Peu importe qui ils étaient ils en valaient sûrement moins la peine que moi.
Il faut dire qu'à cette période tout commençait à se normaliser dans ma vie sociale grâce à des efforts vestimentaires et à l'effet de la honte. Je cédais à la nécessité de n'être pas considérée comme une déclassée, une inadaptée, une chose étrange dont personne ne veut. J'avais toujours cette réputation de bonne élève et je commençais sérieusement à penser que j'avais hérité de ce don d'intelligence qu'on me prêtait sans me connaître. C'était devenu l'alibi de mon retard dans la vie sociale; ma subtilité intellectuelle m'avait éloignée des autres.
Tout m'échappait dans les conversations de mes pairs alors je décrétais qu'elles étaient sans importance. C'est logique en effet : quand vous portez le sceau de l'intelligence et que quelque chose vous paraît bizarre c'est forcément un ramassis d'inutilités. Par correction - et par peur d'être tabassée - je taisais mes pensées mais je trépignais d'impatience; quand allaient enfin commencer les choses sérieuses pour lesquelles j'étais faite?. Je feignais d'être amusée parfois, espérant contribuer même de façon infime aux échanges. Jamais on ne m'a laissée l'occasion d'ouvrir la bouche, comme si la parole devait se prendre par la force. Honnêtement si j'avais été assurée de mon succès, je l'aurais fait. Un doute me retenait toujours.
Quand je me trouvais au milieu de gens dont la bienveillance n'était pas à remettre en cause, mes espoirs étaient exaucés. Il s'agissait bien souvent d'amis de ma soeur. Plus âgés que moi donc. C'était une aubaine parce qu'ils me regardaient comme un être innocent, qui ne connaît pas le calcul et qu'on a le devoir de protéger. Je reproduisais ce qui m'a toujours réussi dans ma prime enfance; je faisais ressurgir la distorsion entre ma soeur et moi. Dans la confusion des éclats de rire et des blagues, je poussais sous les yeux des autres, petit bout par petit bout, les gouffres et les lacunes de ma soeur et je faisais suivre chaque morceau par une brillante démonstration de ce dont moi j'étais capable. Comme je n'étais jamais sûre de ma réussite, le jeu était interminable.
Bientôt, je méprisais sincèrement ma soeur. Elle était nulle en tout, ne s'intéressait à rien, n'avait plus aucun pouvoir et pourtant elle ne se départissait jamais de sa joie de vivre. C'est tout de même un comble pour un individu raté de se donner le droit au bonheur. Se rendait-elle compte de son inutilité, de sa vulgarité, de sa vanité? son existence même était une grossierté, son sourire surtout était insupportable car il semblait se réjouir de son ignorance et fournir la preuve de son avidité pour le plaisir et les choses faciles.
Elle me répugnait mais je ne pouvais pas me passer d'elle. Comment se faire accepter par un groupe sans alibi, sans bouclier, sans marche pied, sans sa dose d'assurance et son réservoir de haine contre la frustration, sans son tampon contre la peur du rejet et j'en passe encore? Est-ce que cela existe une relation sans catalyseur, humain, animalier, conceptuel...? non, evidemment non à moins d'être parfait, sans peur, sans reproche, et la perfection n'existe que dans l'absence de concurrence autant dire dans la solitude la plus totale.
Mes parents, que je résumerais par "ma mère", se rengorgeaient en silence de mes bons résultats mais voyaient d'un mauvais oeil mon ouverture aux autres. Je m'effeminais donc je me futilisais. J'étais bien d'accord mais comment faire concorder ces deux mondes, l'intérieur et l'extérieur, qui m'envoyaient des messages contradictoires? quand je plaisais à l'un, l'autre me tombait dessus. Pour conclure, je n'ai jamais réussi à satisfaire ni les uns ni les autres et cela ne tient pas uniquement à leurs désirs; je ne me satisfais pas moi-même, mais c'est une autre histoire.
L'adolescence est finie. Il est temps de quitter le foyer parentale et de faire ses propres choix. Plus que jamais je me sens en marge des autres mais cette fois ma différence se révèle être une infirmité. L'école est devenue un ennemi - un traître-, le travail que je méprisais jusque là me dédaigne alors que je lui cours désespérément après, et je ne connais toujours pas le langage de l'amitié, de la famille, de l'amour s'il existe, et du quotidien tout simplement. Pour se faire une idée de mon désarroi, il faut mettre en parallèle le destin que je me prédisais, avec toutes ces espérances de gloire, de bouleversements, de pures rêveries sentimentales et ma situation actuelle qui se noircit jour après jour pour me montrer où cela mène de négliger le réel. Je n'ai même pas savouré toutes ces années de coma; je m'infligeais des angoisses et des problèmes imaginaires pour soulager ma conscience de gamine chanceuse et oisive. Mais dans ce n'importe quoi qu'est ma vie depuis quelques années, j'avais ma soeur. Sur elle je pouvais compter en tant que passerelle vers le monde extérieur, en tant que remède contre l'ennui, en tant que parole consolatrice, en tant que faire valoir involontaire...
En congédiant toutes mes ambitions fantastiques, j'ai voulu rencontrer la vérité. De moi-même, j'ai précipité ma chute, je l'ai aggravée pour ne rien m'épargner, peut-être pour me donner l'illusion réconfortante de maîtriser encore quelque chose.
Je suis donc une idiote. Surestimée, valorisée par tous les expédients possibles, j'ai berné beaucoup de monde.
Laide de surcroît.
L'enjeu pour mes parents était le suivant : "l'une est jolie, l'autre pas, il faut faire en sorte que la deuxième ne soit pas complètement désavantagée". Un silence inquiétant accompagna mon évolution, en particulier s'agissant de mon père. Ma soeur en a entendu de pas très agréables; on partait du principe qu'elle aurait dans sa vie future tout le loisir de renflouer son estime.
Congédier ses fantasmes c'est libérer ceux qui y étaient soumis, ceux qui y croyaient et qui se rapetissaient devant la perspective de leur réalisation. J'ai déserré le collier de ma soeur en arrachant mes habits merveilleux.
Aujourd'hui, ses coups de fil mettent du sel dans mes plaies. Sa voix est délibérément enjouée, parfaitement mesquine pour qui sait ce que je vis. Ma dégringolade lui a fait réviser le passé et nous voilà revenues à la belle époque de notre petite enfance quand elle menait la barque. Papa, maman, serez-vous là pour rééquilibrer la balance? cette interrogation est un échec de plus quand on a 22 ans et qu'on a intérêt d'être plus intelligente que sa connasse de soeur.
Les détails.
Ce sont les détails qui rendent mes souvenirs douloureux, parce qu'ils sont caractéristiques de ce que je suis contrairement à l'anecdote banale d'être chassée de son futur emploi.
Allons-y :
La réponse à toutes ces annotations se trouvent bien évidemment dans le message précédent.
Mais celui-ci fait office de passé, de présent, de futur.
A quoi bon instaurer une chronologie dans le chaos?
Allons-y :
Lors de mon premier coup de téléphone à l'agence, mon interlocutrice a très vite interrompu la conversation et une boîte vocale a pris le relai sans crier gare.
Je n'ai pas fermé l'oeil de la nuit pour ne pas risquer d'être en retard.
Ai-je le droit de postuler à l'annonce alors que je n'ai jamais mis les pieds dans cette agence? je m'imaginais être reçue avec des cris et des menaces.
Quand j'ai poussé la porte d'entrée, la jeune fille chargée de l'accueil m'a regardée douloureusement, si ce n'est avec pitié.
Quand est arrivé le moment de l'entretien, la recruteuse qui venait de renvoyer rudement un candidat s'est mise à bafouiller devant moi et son regard a cillé plus d'une fois sous le mien.
J'ai couru au premier métro avec l'adresse du magasin en main pendant que mes " concurrents " se chamaillaient dans la plus parfaite insouciance dans le hall de l'agence.
Dans le métro, qui est encore un lieu de panique et d'appréhension, j'ai subitement eu la présence d'esprit de lire le papier en entier et la mention "surtout appeler le gérant pour convenir d'un rendez-vous avant de vous présenter!" m'a sautée aux yeux en même temps que le souvenir de mon crédit épuisé m'a traversé l'esprit.
Pièce par pièce j'ai réuni le compte pour acheter un crédit de 10 euros.
Parvenue à destination, j'ai débauché une dizaine de personnes afin de me faire indiquer un commerce de mobicartes.
Après plus de six tentatives pour taper le code, mon téléphone était enfin chargé.
Une factrice s'est étonnée que je lui demande le chemin de mon futur employeur alors que son enseigne était largement visible d'où nous étions; elle faisait une drôle de mimique quand je l'ai quittée.
Trouvé un lieu d'appel qui soit au calme ne fut pas chose aisée; j'ai visité toutes les impasses du quartier avant de m'introduire dans le hall d'un immeuble qui malheureusement produit des échos particulièrement assourdissants.
Je me suis précipitée à corps perdu sur le lieu du rendez-vous; la caissière bizarrement amusée m'a appelée madame avec une franchise qui n'a rien à voir avec la politesse.
Ma rapidité et mon air dévoué m'ont octroyé un crédit inestimable de la part de l'employeur qui a lu tous mes documents avec un grand intérêt. Il a dit "c'est pas mal. Vous devriez très bien vous en sortir d'après ce...ça...le..." "l'attestation de réussite" ai-je complété totalement affolée.
Pendant mon service, ce monsieur est venu s'étendre à moitié sur ma caisse pour discuter. Il a jeté des regards tranquilles devant lui comme s'il imaginait un bel avenir pour son magasin où ma présence allait en améliorer le court et il a mis du temps à s'apercevoir que je passais les articles n'importe comment. Il s'est occupé de cela sans s'énerver alors que mon erreur était criante.
Au téléphone, pour m'annoncer sa réponse, il n'a pas pu retenir un petit rire bouffon avant de me parler. Je me suis sentie comme une amante indésirable qu'on a prise pour une splendide maîtresse la veille au soir.
Je n'ai pas fermé l'oeil de la nuit pour ne pas risquer d'être en retard.
Ai-je le droit de postuler à l'annonce alors que je n'ai jamais mis les pieds dans cette agence? je m'imaginais être reçue avec des cris et des menaces.
Quand j'ai poussé la porte d'entrée, la jeune fille chargée de l'accueil m'a regardée douloureusement, si ce n'est avec pitié.
Quand est arrivé le moment de l'entretien, la recruteuse qui venait de renvoyer rudement un candidat s'est mise à bafouiller devant moi et son regard a cillé plus d'une fois sous le mien.
J'ai couru au premier métro avec l'adresse du magasin en main pendant que mes " concurrents " se chamaillaient dans la plus parfaite insouciance dans le hall de l'agence.
Dans le métro, qui est encore un lieu de panique et d'appréhension, j'ai subitement eu la présence d'esprit de lire le papier en entier et la mention "surtout appeler le gérant pour convenir d'un rendez-vous avant de vous présenter!" m'a sautée aux yeux en même temps que le souvenir de mon crédit épuisé m'a traversé l'esprit.
Pièce par pièce j'ai réuni le compte pour acheter un crédit de 10 euros.
Parvenue à destination, j'ai débauché une dizaine de personnes afin de me faire indiquer un commerce de mobicartes.
Après plus de six tentatives pour taper le code, mon téléphone était enfin chargé.
Une factrice s'est étonnée que je lui demande le chemin de mon futur employeur alors que son enseigne était largement visible d'où nous étions; elle faisait une drôle de mimique quand je l'ai quittée.
Trouvé un lieu d'appel qui soit au calme ne fut pas chose aisée; j'ai visité toutes les impasses du quartier avant de m'introduire dans le hall d'un immeuble qui malheureusement produit des échos particulièrement assourdissants.
Je me suis précipitée à corps perdu sur le lieu du rendez-vous; la caissière bizarrement amusée m'a appelée madame avec une franchise qui n'a rien à voir avec la politesse.
Ma rapidité et mon air dévoué m'ont octroyé un crédit inestimable de la part de l'employeur qui a lu tous mes documents avec un grand intérêt. Il a dit "c'est pas mal. Vous devriez très bien vous en sortir d'après ce...ça...le..." "l'attestation de réussite" ai-je complété totalement affolée.
Pendant mon service, ce monsieur est venu s'étendre à moitié sur ma caisse pour discuter. Il a jeté des regards tranquilles devant lui comme s'il imaginait un bel avenir pour son magasin où ma présence allait en améliorer le court et il a mis du temps à s'apercevoir que je passais les articles n'importe comment. Il s'est occupé de cela sans s'énerver alors que mon erreur était criante.
Au téléphone, pour m'annoncer sa réponse, il n'a pas pu retenir un petit rire bouffon avant de me parler. Je me suis sentie comme une amante indésirable qu'on a prise pour une splendide maîtresse la veille au soir.
La réponse à toutes ces annotations se trouvent bien évidemment dans le message précédent.
Mais celui-ci fait office de passé, de présent, de futur.
A quoi bon instaurer une chronologie dans le chaos?
samedi 21 février 2009
Déconfiture. C'est pire que prévu.
Mon obsession était d'éviter la simulation d'entretien d'embauche prévue par mon conseiller ANPE dans les locaux où il a ses fonctions. Pour la bonne raison que lui, je ne veux pas le décevoir. Je ne veux pas qu'à ses oreilles parviennent les clameurs incrédules et moqueuses de ses collègues quand ils s'apercevront de mon néant. Un néant que tout le monde flaire mais dont personne ne sent la douleur. Un néant qui fait rire. Qui agace. Dont la souffrance est méprisée.
Je ne supporte pas l'idée qu'il découvre cette chose sous ma peau. Rien que d'imaginer sa stupeur et la torsion de son visage à ce moment me tue.
Il prend ma timidité pour de la sensibilité et de la retenue. Il écoute mes mots dont la belle assonance et la tournure pompeuse le trompent.
Cette annonce trouvée il y a deux jours, est arrivée in extremis. Je me voyais déjà téléphoner à ce monsieur pour lui annoncer avec fierté : "Monsieur C., j'ai trouvé quelque chose". Cette simple phrase aurait signifié : vos conseils ont porté, grâce à vous j'ai eu envie de m'insérer dans la vie et votre attention m'en a donné le courage. Cela aurait été la fin de notre relation et j'en aurais fini avec la crainte d'être découverte et des souvenirs heureux me seraient restés. Je fais de peu de choses une montagne, peut-être. Mais ignorer ces broutilles reviendrait à ne rien vivre.
J'ai pris contact avec l'agence. J'ai passé plusieurs heures bourrée de trac à me tordre les doigts avant et après ce coup de fil.
Je me suis rendue sur place, j'ai pris l'adresse que m'a remise la recruteuse devant laquelle j'ai failli défaillir de peur et je suis allée droit au magasin en question. Nous devions être plusieurs candidats à convoiter ce poste; j'étais la plus rapide si tant est que les autres viennent un jour. La caissière de service ce matin là m'a regardée avec un sourire ironique dans les yeux. Quand je me suis adressée à elle ma voix s'est faite criarde, prenant le ton hautain et embourgeoisé par des années de réussite et d'oisiveté et un ton agressif pour tenter grotesquement de sauvegarder l'honneur de ce passé disparu.
Le gérant est un type bien, très humain. Il était soufflé par l'instantanéité de ma venue. Pendant que je lui montrais les papiers qui doivent vanter mon potentiel, il est resté muet. Il s'est longtemps attardé sur l'attestation de réussite délivrée par la plateforme de vocation de P. J'ai pris peur. Il allait croire tout ce qu'il y est écrit. Le soir même le téléphone a sonné à mon domicile. Je devais faire un essai le lendemain. Le lendemain c'est aujourd'hui.
J'arrive en avance pour entretenir l'image d'employée modèle que j'ai réussi à instiguer la veille. Le personnel, plus nombreux que je ne l'aurais cru, est réuni près des caisses à l'entrée. Cette petite cohorte d'une dizaine de personnes m'impressionne moi qui ai l'habitude de ne supporter que ma seule présence. Je souris maladroitement. On me répond avec une grimace grotesque. Cela ne peut pas mieux commencer. Le responsable, heureux de me trouver là, me saisit l'épaule tourne autour de moi et me parle comme à une visiteuse honorable. Il est visiblement ému. Il ne perd pas de temps et me fait faire le tour de son commerce avec une nervosité enfantine. Je n'abuse pas si je dis qu'il essaie de s'octroyer mon approbation. J'ai même le vague sentiment que les rôles sont inversés et que nous sommes destinés à devenir des collaborateurs.
Il me remet entre les mains d'une dénommée C. qui, me semble-t-il, ne partage pas le même enthousiasme pour moi que son supérieur. Sa grossesse et son visage doux annonçaient pourtant un joli accueil mais mon prénom prononcé en guise de présentation ne lui ouvre même pas les lèvres. A ses collègues non plus d'ailleurs. Une autre jeune fille doit également faire ses preuves aujourd'hui. J'envie sa bonne composition et son aisance à parler aux autres et à partager leurs silences complices comme si son intégration datait d'il y a longtemps.
Je revêts l'habit rouge de l'enseigne qui noie ma silhouette sous des plis informes. Je me sens devenir de plus en plus floue, dissoute, maladroite. La pauvreté des regards qui s'égarent sur moi m'inquiète mais j'ai la sensation de le mériter; j'ai l'air si gourde.
C. entame la formation sans transition. Sa voix est monocorde, solide comme un soupir et ses gestes sont tellement rapides et furtifs que c'est comme si elle ne faisait rien. En moins de 5 minutes le programme est bouclé. Nous avons compté le fonds de caisse. La machine reste une inconnue pour moi, je ne comprends pas pourquoi il est nécessaire d'ajouter tant de 0 derrière le 1 pour faire 10 euros. Dix fois elle me reprend sans mot dire. Je suis sûrement censée tout saisir du premier coup et progresser à l'intuition mais ces qualités de bon sens et d'illumination ne me sont pas familières. Elle monologue sans interruption d'une voix de plus en plus pâle, j'en viens même à me demander si elle n'évalue pas mes réflex et mon attention. Studieuse et hors d'haleine je m'accroche. La pratique confirmera mon mauvais pressentiment. Au premier client qui passe sa main s'immisce dans mes gestes et vient contrecarrer mes actions. Elle explique et c'est encore plus confus. Le bon d'achat n'était pas prévu et même pas visible, la pesée se trouve noyée dans une quarantaine de codes sans compter les promotions scotchées sur la table.
Je ne connais pas les fruits et les légumes, le lui dis, elle hausse les épaules. J'ai besoin d'annuler une action, elle s'exécute à la vitesse de l'éclair et ne prend pas la peine de commenter. J'acquiers difficilement le reflex de décrocher le ticket de caisse de la machine qui se trouve presque dans mon dos. La placidité de C. se change peu à peu en sidération. Enfin les gestes d'arracher et de remettre le ticket de caisse commencent à devenir naturels mais c'est alors que j'oublie que le chèque du client est aussi dans ma main. Un autre passe avec un pack d'eau dans son cabas et je n'y prête pas attention, j'enfonce la mauvaise touche quand on me tend une carte visa et traite le règlement comme s'il s'agissait d'une carte sans puce, je ne distingue pas une baguette de campagne d'une demi baguette qui est "emballée à moitié, couverte de farine" selon C., et au bout de trois quart d'heure sans que j'ai pu m'exercer suffisamment sous ses yeux du fait de la pénurie de clients elle m'annonce soulagée : "je te laisse, regarde la fille en face tient déjà sa caisse toute seule alors qu'elle commence comme toi". Avant qu'une syllabe ait pu trouver son chemin dans ma bouche, elle est partie.
Je regarde les gens se diriger vers moi avec terreur en me demandant quel tour piteux je vais leur jouer. Plusieurs fois je hèle des types qui s'affairent aux rayons et qui pour toute réponse me tournent le dos. Je commence à penser conspiration. Je me dis que leur responsable s'est montré trop complaisant envers moi et qu'ils me le font payer. Je me lève, cours, on rigole à mon passage.
Ma collègue novice quant à elle se fond parfaitement dans le décor: elle est souriante et calme et dans ma paranoia je l'accuse de trouver sa quiétude dans mon agitation.
C. revient deux fois sans prévenir et soupire à chaque article qui passe puis détourne la tête pour contempler le vague tant elle est écrasée par l'ennui. Mes maladresses plus nombreuses que mes coups de force lui arrachent maintenant des sourires de ravissement et tandis que j'essaie d'engager le dialogue sur autre chose que le magasin elle répond "ouais" comme elle dirait zut et surtout évite mon regard comme s'il risquait de la salir. Bientôt elle envoie promener la plus sommaire des politesses et laisse mes mots tomber dans le vide.
Un client victime de ma nervosité s'adresse bien fort à un autre pour se faire entendre de tous : "et le scotch là, il n'est pas à vous ? " "non" lui répond t-on. Alors il enchaine "parce qu'on ne sait jamais!" et il tend le menton vers moi.
Une dame s'arrête pour payer et s'apercevant que je suis débutante me dit de prendre mon temps; sans surprise je commets une bourde alors elle répète avec beaucoup de gentillesse : "il n'y a pas de problème, j'attendrai le temps qu'il faut".Je remarque au passage à quel point les touristes américains sont aimables et humains, le ridicule ne les effraie pas et leur regard ne se charge jamais de mépris quand je me décompose devant eux. Je ne peux pas en dire autant des parisiens qui répugnent à considérer leur interlocuteur mal à l'aise et qui se retirent sans mot dire et ruminent leur mépris. Enveloppés dans leur belle redingote qui les ferait presque passer pour élégants et civilisés, ils me font penser à des gargouilles qui cherchent à cacher leur laideur.
A 13H sonne la fin de mon service. C. ne me dit rien sur ce qui m'attend. Elle se dirige vers la réserve après avoir fait seule le compte de ma caisse.
Quand j'arrive elle est en entretien avec un responsable et ils échangent des murmures. Par crainte de déranger je m'éloigne. Je prends mon courage à deux mains et j'engage la discussion avec celle qui a pris son service en même temps que moi. Elle répond avec un sourire démesuré et une voix dissonante, et fait celle qui se plaint et qui doute de sa performance. Elle dit tout de même une chose pleine de bon sens à savoir qu'échouer signifierait seulement que le poste ne lui convient pas. Je m'étais toujours dit qu'être recalé pour un poste de caissière était la pire honte qu'on puisse connaître et signerait la certitude de ma nullité.
De retour dans la réserve j'entends C. qui demande sans faire cas de ma présence : "elle banque?" "non" grommelle le responsable gagné par l'agitation. Il recompte, et de son côté C. retourne calculer mon fonds de caisse, avec mon être invisible sur les talons. Je questionne, je m'inquiète elle réagit avec la même chaleur humaine que précédemment. Elle s'évapore et tout de suite après sa voix rayonnante annonce au responsable : "non, j'ai bien compté".
Le gérant apparaît, elle fond sur lui plus épanouie que jamais et entonne avec bonne humeur :"alors tu veux savoir, hein, tu veux savoir?" Le gérant croise les bras, prend appui sur le mur et dit avec un haussement d'épaule :"ça, c'est accessoire". Mais pas le temps de savourer la réaction de C., elle renchérit dans un cri victorieux :"18 euros!"
Le gérant accuse le coup sans en donner l'air. La réserve se vide aussitôt.
Je me retrouve seule avec à lui. Il me dit avec beaucoup de sympathie qu'il met mon erreur de caisse sur le compte du stress et me donne rendez-vous lundi pour un deuxième essai.
Je reprends le métro plus honteuse et affaiblie que jamais. Le néant a encore frappé.
Le téléphone sonne. "Après entretien avec un responsable il est inutile que vous vous présentiez lundi"
J'appelle l'agence pour actualiser ma situation. Ma voix doit rudement agacer la demoiselle. Elle prétend m'imiter en singeant la niaiserie et me raccroche au nez. Même au téléphone, cela se sent.
Je ne supporte pas l'idée qu'il découvre cette chose sous ma peau. Rien que d'imaginer sa stupeur et la torsion de son visage à ce moment me tue.
Il prend ma timidité pour de la sensibilité et de la retenue. Il écoute mes mots dont la belle assonance et la tournure pompeuse le trompent.
Cette annonce trouvée il y a deux jours, est arrivée in extremis. Je me voyais déjà téléphoner à ce monsieur pour lui annoncer avec fierté : "Monsieur C., j'ai trouvé quelque chose". Cette simple phrase aurait signifié : vos conseils ont porté, grâce à vous j'ai eu envie de m'insérer dans la vie et votre attention m'en a donné le courage. Cela aurait été la fin de notre relation et j'en aurais fini avec la crainte d'être découverte et des souvenirs heureux me seraient restés. Je fais de peu de choses une montagne, peut-être. Mais ignorer ces broutilles reviendrait à ne rien vivre.
J'ai pris contact avec l'agence. J'ai passé plusieurs heures bourrée de trac à me tordre les doigts avant et après ce coup de fil.
Je me suis rendue sur place, j'ai pris l'adresse que m'a remise la recruteuse devant laquelle j'ai failli défaillir de peur et je suis allée droit au magasin en question. Nous devions être plusieurs candidats à convoiter ce poste; j'étais la plus rapide si tant est que les autres viennent un jour. La caissière de service ce matin là m'a regardée avec un sourire ironique dans les yeux. Quand je me suis adressée à elle ma voix s'est faite criarde, prenant le ton hautain et embourgeoisé par des années de réussite et d'oisiveté et un ton agressif pour tenter grotesquement de sauvegarder l'honneur de ce passé disparu.
Le gérant est un type bien, très humain. Il était soufflé par l'instantanéité de ma venue. Pendant que je lui montrais les papiers qui doivent vanter mon potentiel, il est resté muet. Il s'est longtemps attardé sur l'attestation de réussite délivrée par la plateforme de vocation de P. J'ai pris peur. Il allait croire tout ce qu'il y est écrit. Le soir même le téléphone a sonné à mon domicile. Je devais faire un essai le lendemain. Le lendemain c'est aujourd'hui.
J'arrive en avance pour entretenir l'image d'employée modèle que j'ai réussi à instiguer la veille. Le personnel, plus nombreux que je ne l'aurais cru, est réuni près des caisses à l'entrée. Cette petite cohorte d'une dizaine de personnes m'impressionne moi qui ai l'habitude de ne supporter que ma seule présence. Je souris maladroitement. On me répond avec une grimace grotesque. Cela ne peut pas mieux commencer. Le responsable, heureux de me trouver là, me saisit l'épaule tourne autour de moi et me parle comme à une visiteuse honorable. Il est visiblement ému. Il ne perd pas de temps et me fait faire le tour de son commerce avec une nervosité enfantine. Je n'abuse pas si je dis qu'il essaie de s'octroyer mon approbation. J'ai même le vague sentiment que les rôles sont inversés et que nous sommes destinés à devenir des collaborateurs.
Il me remet entre les mains d'une dénommée C. qui, me semble-t-il, ne partage pas le même enthousiasme pour moi que son supérieur. Sa grossesse et son visage doux annonçaient pourtant un joli accueil mais mon prénom prononcé en guise de présentation ne lui ouvre même pas les lèvres. A ses collègues non plus d'ailleurs. Une autre jeune fille doit également faire ses preuves aujourd'hui. J'envie sa bonne composition et son aisance à parler aux autres et à partager leurs silences complices comme si son intégration datait d'il y a longtemps.
Je revêts l'habit rouge de l'enseigne qui noie ma silhouette sous des plis informes. Je me sens devenir de plus en plus floue, dissoute, maladroite. La pauvreté des regards qui s'égarent sur moi m'inquiète mais j'ai la sensation de le mériter; j'ai l'air si gourde.
C. entame la formation sans transition. Sa voix est monocorde, solide comme un soupir et ses gestes sont tellement rapides et furtifs que c'est comme si elle ne faisait rien. En moins de 5 minutes le programme est bouclé. Nous avons compté le fonds de caisse. La machine reste une inconnue pour moi, je ne comprends pas pourquoi il est nécessaire d'ajouter tant de 0 derrière le 1 pour faire 10 euros. Dix fois elle me reprend sans mot dire. Je suis sûrement censée tout saisir du premier coup et progresser à l'intuition mais ces qualités de bon sens et d'illumination ne me sont pas familières. Elle monologue sans interruption d'une voix de plus en plus pâle, j'en viens même à me demander si elle n'évalue pas mes réflex et mon attention. Studieuse et hors d'haleine je m'accroche. La pratique confirmera mon mauvais pressentiment. Au premier client qui passe sa main s'immisce dans mes gestes et vient contrecarrer mes actions. Elle explique et c'est encore plus confus. Le bon d'achat n'était pas prévu et même pas visible, la pesée se trouve noyée dans une quarantaine de codes sans compter les promotions scotchées sur la table.
Je ne connais pas les fruits et les légumes, le lui dis, elle hausse les épaules. J'ai besoin d'annuler une action, elle s'exécute à la vitesse de l'éclair et ne prend pas la peine de commenter. J'acquiers difficilement le reflex de décrocher le ticket de caisse de la machine qui se trouve presque dans mon dos. La placidité de C. se change peu à peu en sidération. Enfin les gestes d'arracher et de remettre le ticket de caisse commencent à devenir naturels mais c'est alors que j'oublie que le chèque du client est aussi dans ma main. Un autre passe avec un pack d'eau dans son cabas et je n'y prête pas attention, j'enfonce la mauvaise touche quand on me tend une carte visa et traite le règlement comme s'il s'agissait d'une carte sans puce, je ne distingue pas une baguette de campagne d'une demi baguette qui est "emballée à moitié, couverte de farine" selon C., et au bout de trois quart d'heure sans que j'ai pu m'exercer suffisamment sous ses yeux du fait de la pénurie de clients elle m'annonce soulagée : "je te laisse, regarde la fille en face tient déjà sa caisse toute seule alors qu'elle commence comme toi". Avant qu'une syllabe ait pu trouver son chemin dans ma bouche, elle est partie.
Je regarde les gens se diriger vers moi avec terreur en me demandant quel tour piteux je vais leur jouer. Plusieurs fois je hèle des types qui s'affairent aux rayons et qui pour toute réponse me tournent le dos. Je commence à penser conspiration. Je me dis que leur responsable s'est montré trop complaisant envers moi et qu'ils me le font payer. Je me lève, cours, on rigole à mon passage.
Ma collègue novice quant à elle se fond parfaitement dans le décor: elle est souriante et calme et dans ma paranoia je l'accuse de trouver sa quiétude dans mon agitation.
C. revient deux fois sans prévenir et soupire à chaque article qui passe puis détourne la tête pour contempler le vague tant elle est écrasée par l'ennui. Mes maladresses plus nombreuses que mes coups de force lui arrachent maintenant des sourires de ravissement et tandis que j'essaie d'engager le dialogue sur autre chose que le magasin elle répond "ouais" comme elle dirait zut et surtout évite mon regard comme s'il risquait de la salir. Bientôt elle envoie promener la plus sommaire des politesses et laisse mes mots tomber dans le vide.
Un client victime de ma nervosité s'adresse bien fort à un autre pour se faire entendre de tous : "et le scotch là, il n'est pas à vous ? " "non" lui répond t-on. Alors il enchaine "parce qu'on ne sait jamais!" et il tend le menton vers moi.
Une dame s'arrête pour payer et s'apercevant que je suis débutante me dit de prendre mon temps; sans surprise je commets une bourde alors elle répète avec beaucoup de gentillesse : "il n'y a pas de problème, j'attendrai le temps qu'il faut".Je remarque au passage à quel point les touristes américains sont aimables et humains, le ridicule ne les effraie pas et leur regard ne se charge jamais de mépris quand je me décompose devant eux. Je ne peux pas en dire autant des parisiens qui répugnent à considérer leur interlocuteur mal à l'aise et qui se retirent sans mot dire et ruminent leur mépris. Enveloppés dans leur belle redingote qui les ferait presque passer pour élégants et civilisés, ils me font penser à des gargouilles qui cherchent à cacher leur laideur.
A 13H sonne la fin de mon service. C. ne me dit rien sur ce qui m'attend. Elle se dirige vers la réserve après avoir fait seule le compte de ma caisse.
Quand j'arrive elle est en entretien avec un responsable et ils échangent des murmures. Par crainte de déranger je m'éloigne. Je prends mon courage à deux mains et j'engage la discussion avec celle qui a pris son service en même temps que moi. Elle répond avec un sourire démesuré et une voix dissonante, et fait celle qui se plaint et qui doute de sa performance. Elle dit tout de même une chose pleine de bon sens à savoir qu'échouer signifierait seulement que le poste ne lui convient pas. Je m'étais toujours dit qu'être recalé pour un poste de caissière était la pire honte qu'on puisse connaître et signerait la certitude de ma nullité.
De retour dans la réserve j'entends C. qui demande sans faire cas de ma présence : "elle banque?" "non" grommelle le responsable gagné par l'agitation. Il recompte, et de son côté C. retourne calculer mon fonds de caisse, avec mon être invisible sur les talons. Je questionne, je m'inquiète elle réagit avec la même chaleur humaine que précédemment. Elle s'évapore et tout de suite après sa voix rayonnante annonce au responsable : "non, j'ai bien compté".
Le gérant apparaît, elle fond sur lui plus épanouie que jamais et entonne avec bonne humeur :"alors tu veux savoir, hein, tu veux savoir?" Le gérant croise les bras, prend appui sur le mur et dit avec un haussement d'épaule :"ça, c'est accessoire". Mais pas le temps de savourer la réaction de C., elle renchérit dans un cri victorieux :"18 euros!"
Le gérant accuse le coup sans en donner l'air. La réserve se vide aussitôt.
Je me retrouve seule avec à lui. Il me dit avec beaucoup de sympathie qu'il met mon erreur de caisse sur le compte du stress et me donne rendez-vous lundi pour un deuxième essai.
Je reprends le métro plus honteuse et affaiblie que jamais. Le néant a encore frappé.
Le téléphone sonne. "Après entretien avec un responsable il est inutile que vous vous présentiez lundi"
J'appelle l'agence pour actualiser ma situation. Ma voix doit rudement agacer la demoiselle. Elle prétend m'imiter en singeant la niaiserie et me raccroche au nez. Même au téléphone, cela se sent.
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