mardi 24 février 2009

Les détails.

Ce sont les détails qui rendent mes souvenirs douloureux, parce qu'ils sont caractéristiques de ce que je suis contrairement à l'anecdote banale d'être chassée de son futur emploi.

Allons-y :

Lors de mon premier coup de téléphone à l'agence, mon interlocutrice a très vite interrompu la conversation et une boîte vocale a pris le relai sans crier gare.

Je n'ai pas fermé l'oeil de la nuit pour ne pas risquer d'être en retard.

Ai-je le droit de postuler à l'annonce alors que je n'ai jamais mis les pieds dans cette agence? je m'imaginais être reçue avec des cris et des menaces.

Quand j'ai poussé la porte d'entrée, la jeune fille chargée de l'accueil m'a regardée douloureusement, si ce n'est avec pitié.

Quand est arrivé le moment de l'entretien, la recruteuse qui venait de renvoyer rudement un candidat s'est mise à bafouiller devant moi et son regard a cillé plus d'une fois sous le mien.

J'ai couru au premier métro avec l'adresse du magasin en main pendant que mes " concurrents " se chamaillaient dans la plus parfaite insouciance dans le hall de l'agence.

Dans le métro, qui est encore un lieu de panique et d'appréhension, j'ai subitement eu la présence d'esprit de lire le papier en entier et la mention "surtout appeler le gérant pour convenir d'un rendez-vous avant de vous présenter!" m'a sautée aux yeux en même temps que le souvenir de mon crédit épuisé m'a traversé l'esprit.

Pièce par pièce j'ai réuni le compte pour acheter un crédit de 10 euros.

Parvenue à destination, j'ai débauché une dizaine de personnes afin de me faire indiquer un commerce de mobicartes.

Après plus de six tentatives pour taper le code, mon téléphone était enfin chargé.

Une factrice s'est étonnée que je lui demande le chemin de mon futur employeur alors que son enseigne était largement visible d'où nous étions; elle faisait une drôle de mimique quand je l'ai quittée.

Trouvé un lieu d'appel qui soit au calme ne fut pas chose aisée; j'ai visité toutes les impasses du quartier avant de m'introduire dans le hall d'un immeuble qui malheureusement produit des échos particulièrement assourdissants.

Je me suis précipitée à corps perdu sur le lieu du rendez-vous; la caissière bizarrement amusée m'a appelée madame avec une franchise qui n'a rien à voir avec la politesse.

Ma rapidité et mon air dévoué m'ont octroyé un crédit inestimable de la part de l'employeur qui a lu tous mes documents avec un grand intérêt. Il a dit "c'est pas mal. Vous devriez très bien vous en sortir d'après ce...ça...le..." "l'attestation de réussite" ai-je complété totalement affolée.

Pendant mon service, ce monsieur est venu s'étendre à moitié sur ma caisse pour discuter. Il a jeté des regards tranquilles devant lui comme s'il imaginait un bel avenir pour son magasin où ma présence allait en améliorer le court et il a mis du temps à s'apercevoir que je passais les articles n'importe comment. Il s'est occupé de cela sans s'énerver alors que mon erreur était criante.

Au téléphone, pour m'annoncer sa réponse, il n'a pas pu retenir un petit rire bouffon avant de me parler. Je me suis sentie comme une amante indésirable qu'on a prise pour une splendide maîtresse la veille au soir.

La réponse à toutes ces annotations se trouvent bien évidemment dans le message précédent.
Mais celui-ci fait office de passé, de présent, de futur.
A quoi bon instaurer une chronologie dans le chaos?

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