lundi 9 mars 2009

Compte rendu.

J'ai fini par la passer cette simulation d'entretien. J'y ai échappé la semaine dernière en prétextant une erreur dans le planning établi par mon conseiller, ce qui m'a d'ailleurs valu un harcèlement téléphonique de tout un après-midi, mais il m'a rattrapée ce matin.
(Mines affolées, épaules remuantes)"Ne le prenez surtout pas personnellement, c'est pour vous aidez qu'on dit cela, surtout écoutez bien -Oui, on se permet parce que c'est dans votre intérêt...-ce n'est pas contre vous (gestes nerveux de la main qui se veulent apaisants) mais il y a des choses...- c'était pas bon, ce serait non pour aujourd'hui. (Silence). -D'abord on n'arrive pas en retard à un entretien d'embauche (20 minutes de musique supplémentaires pour me détendre) et on n'y arrive pas au saut du lit. Vous êtes à la recherche d'un emploi, nous le savons, et vous avez peut-être des difficultés financières (j'ai un sursaut de culpabilité chaque fois qu'ils abordent ce sujet), nous comprenons mais il y a des choses simples qui ne se négligent pas...(sa collègue, d'une voix soudain pleine d'allégresse)-un trait d'eyeliner sous vos yeux! vous avez de beaux yeux, mettez-les en valeur. Et ça illuminerait votre visage! (j'ai grimacé sur le moment parce que j'ai entendu : et ça éliminerait votre visage!).-Vous avez quel âge? 22 ans c'est ça? vous ne faîtes pas 22 ans. (cette parole n'a rien de vexant, elle est tout simplement inquiétante)Vous ne faîtes pas jeune fille. Attachez-vous les cheveux (elle se lance dans une série de mouvements évoquant la coiffure), une jeune fille c'est gai...(elles se relaient pour me décrire l'état d'esprit que doit avoir une jeune fille et semblent se détendre au fur et à mesure qu'elles parlent) -vous avez les épaules trop chargées (le ton devient grave) : et ça se voit.-Vous avez peut-être des soucis avec vos parents à cause de votre parcours scolaire mais sachez qu'avoir un toit ce n'est pas rien...vous avez 22 ans ne faites pas comme si rien ne pouvait plus vous arriver (bien joué) une jeune fille a la vie devant elle, soyez plus légère, enjouée...Puis vous savez, les responsables, ça ne vole pas bien haut, il suffit de les entendre...-ah oui? (moue confirmatrice, regard fuyant qui s'inquiète et se moque de ma naïveté). -Dites-moi que vous allez nous rappeler quand vous serez réinscrite à l'université. Combien d'UE vous reste-t-il à passer pour arriver au...-quatre je crois (menteuse)-et bien passez-les, ça vous sera utile pour évoluer. Mais quoi qu'il en soit détendez-vous et ne venez plus au saut du lit..- justement, je me demandais avant de venir si je devais jouer le jeu complètement c'est à dire m'habiller comme pour un véritable entretien et...(épilepsie corporelle) : -ne venez JAMAIS comme ça où que vous alliez, jamais, jamais...-je ne suis quand même pas comme au saut du lit! (Court silence éberlué). [L'une des deux s'enfonce depuis tout à l'heure dans le mutisme et la prostration. Ses yeux comme des soucoupes semblent s'ouvrir sur un flou infini. Un bourdonnement se fait entendre; la jeune éberluée reprend vie et s'échappe de bonne grâce pour répondre à l'appel.]
En sortant du bureau :
-téléconseillère, ça ne vous intéresse pas? tenez, il y a justement une information collective qui commence à dix heures. Restez et vous verrez.
-Euh non...je me renseignerai sur internet.
-Il y a le patron, là. Allez-y!
-Vous voyez, ça, ça ne m'intéresse pas..trop stressant.
-Ah! vous avez votre petite idée tout de même...
[Elle s'enfuie à son tour, peut-être asphyxiée par ma gêne ou inquiète de n'avoir pas compris la réaction de sa collègue qui lui susurre crescendo le danger d'anormalité. Personne ne me voit partir, sauf une employée qui sort justement de sa tanière et qui entre dans un trouble étrange en échouant d'un seul bloc sur mes jambes tordues ma gueule excroissante et mes doigts inextricablement emmêlés.]

mardi 3 mars 2009

Les précieuses magnifiques...........et moi?

J'aimerais moi aussi que mon blog soit parcouru de traînées blanches irisant un fond noir comme l'infini et gris comme l'incertitude. J'aimerais voir mes écrits déborder sur tous les angles et qu'ils rampent jusque dans les marges comme un courant subversif incontrôlable. Je voudrais avoir le bon goût de choisir des illustrations qui glacent le sang et refroidissent les os...je voudrais surtout que mes phrases ne s'essoufflent pas après trois mots et que mon esprit soit un théâtre tragique où s'animent tous en même temps des personnages que je ne connais pas.
Ce serait si bon de refuser l'aide qu'on m'offre et que mes sauveurs ne finissent jamais de me retenter...parmi ces pauvres loques que sont les anorexiques il y en a de bien stupides qui voient dans ce symbole de l'angoisse l'occasion de se remplir d'idées profondes...puis il y a celles, magnifiques, qui semblent avoir été attendues par le démon, les privant d'un bonheur qu'elles semblent les premières à mériter.
Quel drôle de contraste entre cette générosité qu'elles dispendent et ce sort particulier qu'elles se réservent. Je suis toujours piquée de bénéficier de l'attention d'une personne qui se la refuse...je ne veux pas être un reflet de son psychisme, je ne veux pas être le substitut de quoi que ce soit. Alors je réagis agressivement, très agressivement.
On ne peut pas aimer une telle personne. Devant cette immense rareté, on n'est qu'un coureur contemplatif. On est fascinés par les dédales psychologiques et philosophiques qu'elle crée autour de soi et que l'on n'a jamais fini de visiter, même en hâtant la pas. On ne peut pas aimer une telle personne...
Finalement le sentiment est une condescendance. Il atteint celui dont on perçoit les défauts. Comment fixer son regard sur quelque chose d'éblouissant? c'est magique mais trop douloureux à supporter. Alors comment l'aimer?
Et comment ne pas abandonner ses prétentions...comment continuer sa vie en sachant que même sa mort ne ferait pas un quart d'ombre à de ce type de créature? que même ses proches les plus proches ne pourraient résister à l'apparition de cette chose dans ce moment dramatique?


N'essayez même pas d'effleurer mon âme avec le plus pudique de vos sentiments. Ce serait une injure dont je ne pourrais pas me remettre.

lundi 2 mars 2009

La famille.

Leur mépris est tellement évident, tellement indiscutable qu'il ne se voit plus. Il est si bien ancré dans leur esprit qu'il ne se lit plus sur leur visage.
Le mépris apparaît brutalement envers quelqu'un comme moi parce que je suis un bloc de tares. Avec le temps le mépris mûrit, se fait beaucoup plus discret, on l 'en oublierait presque. En fait il est beaucoup plus cruel à cause du caractère continu et réfléchi qu'il a pris : il n'est plus un sentiment incontrôlable, il est un jugement, une véritable révocation qui se pare de nombreuses certitudes.
Il ressurgit sous sa forme violente et bestiale quand il s'allie à la peur ou à la colère; par exemple, ces vieux amis qui partagent mon temps semblent tout à coup possédés; d'où viennent ce teint écarlate, ces yeux furieux, cette voix menaçante? ils sont méconnaissables...impossible d'imaginer une seconde avoir eu une relation saine et égalitaire avec eux et pourtant c'est bien les mêmes qui m'entourent de leurs soins quotidiennement.
 
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