J'ai fini par la passer cette simulation d'entretien. J'y ai échappé la semaine dernière en prétextant une erreur dans le planning établi par mon conseiller, ce qui m'a d'ailleurs valu un harcèlement téléphonique de tout un après-midi, mais il m'a rattrapée ce matin.
(Mines affolées, épaules remuantes)"Ne le prenez surtout pas personnellement, c'est pour vous aidez qu'on dit cela, surtout écoutez bien -Oui, on se permet parce que c'est dans votre intérêt...-ce n'est pas contre vous (gestes nerveux de la main qui se veulent apaisants) mais il y a des choses...- c'était pas bon, ce serait non pour aujourd'hui. (Silence). -D'abord on n'arrive pas en retard à un entretien d'embauche (20 minutes de musique supplémentaires pour me détendre) et on n'y arrive pas au saut du lit. Vous êtes à la recherche d'un emploi, nous le savons, et vous avez peut-être des difficultés financières (j'ai un sursaut de culpabilité chaque fois qu'ils abordent ce sujet), nous comprenons mais il y a des choses simples qui ne se négligent pas...(sa collègue, d'une voix soudain pleine d'allégresse)-un trait d'eyeliner sous vos yeux! vous avez de beaux yeux, mettez-les en valeur. Et ça illuminerait votre visage! (j'ai grimacé sur le moment parce que j'ai entendu : et ça éliminerait votre visage!).-Vous avez quel âge? 22 ans c'est ça? vous ne faîtes pas 22 ans. (cette parole n'a rien de vexant, elle est tout simplement inquiétante)Vous ne faîtes pas jeune fille. Attachez-vous les cheveux (elle se lance dans une série de mouvements évoquant la coiffure), une jeune fille c'est gai...(elles se relaient pour me décrire l'état d'esprit que doit avoir une jeune fille et semblent se détendre au fur et à mesure qu'elles parlent) -vous avez les épaules trop chargées (le ton devient grave) : et ça se voit.-Vous avez peut-être des soucis avec vos parents à cause de votre parcours scolaire mais sachez qu'avoir un toit ce n'est pas rien...vous avez 22 ans ne faites pas comme si rien ne pouvait plus vous arriver (bien joué) une jeune fille a la vie devant elle, soyez plus légère, enjouée...Puis vous savez, les responsables, ça ne vole pas bien haut, il suffit de les entendre...-ah oui? (moue confirmatrice, regard fuyant qui s'inquiète et se moque de ma naïveté). -Dites-moi que vous allez nous rappeler quand vous serez réinscrite à l'université. Combien d'UE vous reste-t-il à passer pour arriver au...-quatre je crois (menteuse)-et bien passez-les, ça vous sera utile pour évoluer. Mais quoi qu'il en soit détendez-vous et ne venez plus au saut du lit..- justement, je me demandais avant de venir si je devais jouer le jeu complètement c'est à dire m'habiller comme pour un véritable entretien et...(épilepsie corporelle) : -ne venez JAMAIS comme ça où que vous alliez, jamais, jamais...-je ne suis quand même pas comme au saut du lit! (Court silence éberlué). [L'une des deux s'enfonce depuis tout à l'heure dans le mutisme et la prostration. Ses yeux comme des soucoupes semblent s'ouvrir sur un flou infini. Un bourdonnement se fait entendre; la jeune éberluée reprend vie et s'échappe de bonne grâce pour répondre à l'appel.]
En sortant du bureau :
-téléconseillère, ça ne vous intéresse pas? tenez, il y a justement une information collective qui commence à dix heures. Restez et vous verrez.
-Euh non...je me renseignerai sur internet.
-Il y a le patron, là. Allez-y!
-Vous voyez, ça, ça ne m'intéresse pas..trop stressant.
-Ah! vous avez votre petite idée tout de même...
[Elle s'enfuie à son tour, peut-être asphyxiée par ma gêne ou inquiète de n'avoir pas compris la réaction de sa collègue qui lui susurre crescendo le danger d'anormalité. Personne ne me voit partir, sauf une employée qui sort justement de sa tanière et qui entre dans un trouble étrange en échouant d'un seul bloc sur mes jambes tordues ma gueule excroissante et mes doigts inextricablement emmêlés.]
lundi 9 mars 2009
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