Quand on fait partie des faibles, on n'a pas intérêt à trop travailler pour améliorer sa situation. . Les frustrés qui sont légion dans ce groupe ne manqueront pas alors de planter leurs petites dents et leurs petits doigts crocheteux dans votre corps pour vous ramener là où ils considèrent que vous avez votre place. J'ai toujours été étonnée de voir ces gens s'étrangler de la gloire de certains et applaudir à celle d'autres. On dirait qu'ils respectent tacitement les règles non officielles d'une quelconque hiérarchie humaine et qu'ils ne tolèrent de bonheur que chez ceux contre qui ils ne peuvent rien.
Ce qui est sûr c'est qu'ils feront tout pour qu'un des leurs, qu'ils identifient comme tel, qu'ils ressentent comme tel, ne se hisse pas à un échelon supérieur que ce soit au niveau sentimental, professionnel, ou financier. Ils considèrent comme un dû qu'il n'évolue pas. Sa vie leur appartient, ils ont un droit de regard et même d'action sur elle.
Le voir travailler puis jouir de sa réussite est une provocation: c'est les exhorter à faire la même chose au lieu d'attendre une chance à laquelle personne ne croit. Plutôt que se plaindre et faire des coups bas pour faire tomber les autres. Ils ne veulent pas croire à l'idée que l'injustice peut être maitrisée par le courage et la volonté. Et quand ils le constatent chez un autre, cela les met face à leur médiocrité humaine. Le travail a en outre la particularité de révéler des qualités jusque là insoupçonnables chez celui qui s'impose cette discipline. Et les autres ne veulent pas qu'il les voit, qu'il les utilise et qu'il s'estime grâce à cela. Ils préfèrent le noyer de découragements et de bassesses plutôt que de chercher en eux les points forts qui pourraient les faire grandir; parce que ce sera toujours moins bien que chez le voisin; parce que ça demande des efforts, parce qu'ils méritent d'avoir tout sans rien faire, comme ceux qui naissent riches.
Etouffer toute velléité honorable chez celui qui nous ressemble pour faire taire toute éventualité de changement par l'effort et empêcher la mise en avant des qualités d'une personne, pour ne pas effilocher le groupe, pour rester unis dans la nullité et le néant qui ne font pas de distinction désavantageuse ou avantageuse, eux.
Les seules alliances fructueuses là dedans sont celles qui détruisent. Aggraver l'état d'un démuni en passe de s'en sortir leur semble le meilleur compromis pour bien s'entendre.
Moi, je devrais être loin de ce débat. Moi, on m'adore souvent. C'est motivant en effet d'aimer celle qui ne vous fera jamais d'ombre, qui malgré ses efforts acharnés, n'évoluera jamais.
C'est moi qu'on cite en exemple. On dit : "elle, regardez, elle travaille". Je devrais rougir de fierté. Je m'empourpre de honte. J'entends la pensée qui suit cette interpellation. Elle a une voix perfide et ricanneuse, elle dit: "la pauvre fille montre bien que les efforts ne servent à rien".
Je suis un véritable apaisement pour tout mon entourage de jaloux et de faux-...j'allais écrire un mot qui les ravit, un mot vulgaire comme ils aiment que j'en prononce parce que c'est si mignon et si humble, à mettre à l'aise n'importe quel frustré analphabète.
Ceux qui me voient, ceux qui le devinent, sont remplis de douleur à ce spectacle. C'est terrible de faire naître la souffrance chez quelqu'un qui pourrait vous aimer.
Et pour finir je me demande qui pourrait honnêtement se réjouir du bonheur d'autrui. A part ceux qui sont déjà heureux. Mais si ces derniers rencontraient des difficultés qui les empêchaient à jamais de se mirer dans le beau miroir réfléchissant d'un autre méritant, que se passerait-il? J'ai vraiment le sentiment que la loyauté et la bonté sont en grande partie des concours de circonstances.
mercredi 29 avril 2009
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