jeudi 18 avril 2019

 MARS -AVRIL 2009

Il a fallu attendre que MH en fasse un livre pour qu'on en parle un peu. Mais surtout, il a fallu que les hommes le subissent pour inquiéter et indigner l'opinion publique.
L'esthétique comme déterminant de la relation amoureuse. La valeur d'une personne mesurée à son corps.

Un passage lu par AF évoque les conseils prodigués par l'ami d'un des deux protagonistes exhorté à se venger de toutes les déconvenues sexuelles et sentimentales subies pour sa laideur. Vengeance qui prendrait la forme du meurtre d'une femme qui expierait au nom de toutes les infâmes qui l'ont rejeté. Meurtre mais viol aussi. Et la voix d'AF donne force à ce personnage et le commentaire dont il fait suivre sa lecture ne revient pas sur ses intentions criminelles, pourtant le philosophe a comme leitmotiv de relever l'immoralité et la décadence dans toute chose (sûrement à juste titre).
Il serait légitime d'éprouver dans ce cas précis une haine meurtrière pour le sexe opposé et de vouloir lui soutirer par la violence ce qu'il est libre de refuser.
Mais depuis combien de siècles les femmes sont-elles soumises à l'abstinence mais surtout au mépris et à la haine pour leur laideur? le fait d'être un homme changerait-il la donne? pourquoi la femme laide serait programmée pour le rejet et le dégoût et pas l'homme laid? nous n'avons pas les mêmes valeurs...

J'ai remarqué qu'un homme, aussi monstrueux soit-il, en parlant de ses relations malheureuses avec les femmes, précise rarement de quelles femmes il s'agit. Il omet par exemple de dire que ce sont les belles femmes ou au pire, pour reprendre les termes masculins, les "moyennes" qui essuient ses tentatives de drague.
Pour un homme, "belle femme" est un pléonasme; mais alors que deviennent les laides? et comment trouver le courage de haïr celles qui ne font que suivre les mêmes règles que vous?

Il est triste de constater qu'un homme, même laid, est incapable d'envisager une femme laide comme amante potentielle. L'idée de partager sa vie sentimentale et sexuelle ne lui traverse même pas l'esprit ou alors c'est une pensée furtive d'horreur. Il y a un réel refoulement, comme une mauvaise foi inconsciente (je suis gentille).

Pourquoi les femmes seraient coupables de fuir les laids quand elles doivent aussi porter le fardeau de leur laideur? cette hécatombe à l'esthétique est dramatique pour tout le monde mais il n'y a pas de raison de faire payer aux femmes leur émancipation, toute relative par ailleurs.


Je suis née du mauvais côté.

 MARS-AVRIL 2009

J'envie les hommes. L'un de mes plus grands regrets est d'être née du mauvais côté.
Dans le métro je les croise ces quinquagénaires beaux, laids, crétins ou paumés; tous ont l'air complètement immature de ceux qui ont le privilège d'avoir gardé leur âme d'enfant, de l'enfant fier, impressionnable et gâté qu'on a toutes été. Même hideux, ils sont protégés de la néantisation. Quelque soit la façade, on les écoute, ils existent.
Moi, j'ai 22 ans, je ne suis ni meilleure ni moins bonne qu'une autre, je n'ai rien commis de grave et on m'ignore. Je vis dans le désert parce que je ne comble pas les pulsions de mes semblables qui est mon devoir premier; ma vie? : être floutée dans le décor quand on ne me ricane pas au nez.
Eux, ces grands enfants inconscients donc égoïstes, égocentriques vivent dans une légèreté que même le pire des drames ne pourrait totalement altérer. Ils demandent sans cesse à être émerveillés sans même penser qu'ils pourraient donner. Toujours mieux traités que la plus gentille des femmes laides, tout leur est pardonné : crises de colère injustifiées, exigences démesurées, chouinements, ils n'en paraîtront que plus attendrissants. Je peux pleurer, moi, on s'en fout.
On salira jusqu'à ma mémoire; vous n'avez jamais remarqué comme on se fiche de la mort d"une femme laide?

Elles m'énervent ces anciennes filles devenues femmes mûres bonnes pour la casse : elles flattent l'égo des jeunes mâles qu'elles auraient voulu être. Elles vivent leurs joies, leur allégresse, leur gloire par procuration en les complimentant pour se rapprocher d'eux.
J'envie et je méprise l'abnégation de ces femmes qui trouvent la force de vivre en aimant un jeune étalon prometteur. Je les envie dans la rage parce qu'il en faut des capitulations et de la générosité pour en arriver là : il me faudra faire pareil? moi je voudrais passer de l'autre côté, celui des jamais complètement perdants.
 
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